Les réverbères : arts vivants

Tarab ou l’aquarium douillet

Samedi 1er avril était bien sûr le lieu favori pour les poissons d’avril… mais celui aussi des grands bancs de poissons d’avril ! La choréographie Tarab Redux de Laurence Yadi & Nicolas Cantillon, avec la compagnie 7273 faisait vivre le mouvement sinueux des sirènes, des ondes musicales ou des poissons regroupés. Un fin menu pour notre palais en recherche de surprise printanière.

Le film Searching for Tarab de Sandra Gysi et Ahmed Abdel Mohsen est suivi de près par une chorégraphie partagée entre tradition arabe et musique rythmée, envoûtante des clubs du Caire. Ces 17 danseur·se·s sur scène se meuvent sur une musique qu’ils appellent « soufi-groovy » issue à la fois d’une longue tradition pour se rapprocher du divin et suffisamment groovy pour évoquer des moments de transe nocturne. Les danseur·se·s rappellent les variations colorées du paon. Tou·te·s sont en accord les un·e·s avec les autres, comme si l’un·e et l’autre pouvaient être superposé·e·s. Des hauts rouges, des bas verts ou le contraire, des manches avec des touches de couleur semblables, comme pour établir un discret pont mental avec d’autres danseurs·se·s du groupe. Bien sûr ; nous les voyons bien distinctement, mais ensemble, iels font apparaitre une forme qui dépasse leur individualité : la grande vague ou une lente transe.

Tarab, pour le traduire, reviendrait à décrire une émotion apparente à l’extase, celle qui fait fusionner les sens. Les interprètes sont formés au style Fuittfuitt, qui désigne un mouvement continu, soutenu par l’action sans cesse renouvelée des bras, des pieds et des bustes. Ceci participe au sentiment de faire tout à coup corps à corps avec une bande, alors inconnue, comme si chacun·e pouvait s’intégrer à ce moment perpétuel, comme s’il y avait de la place pour tou·te·s celles et ceux qui souhaiteraient vivre éternellement. L’on reconnait, par ailleurs, différents styles de danse et, il est fort appréciable de deviner l’historique de chacun·e des artistes. Danse contemporaine, ballet classique ou danse venue d’Orient… Les hanches et les épaules s’activent tout en rondeur et déclenchent chez les spectateurs un envoûtement.

Soutenu par des jeux de lumière, cette impression d’entrer dans un aquarium – mais qui ne symboliserait toutefois pas la monotonie d’un poisson d’eau douce – se transforme peu à peu en un sentiment d’appartenance à la masse infinie des fonds marins. L’extase, à deux ou à plusieurs, rien de tel pour un début de printemps, non ?

Laure-Elie Hoegen

Infos pratiques :

Tarab, de Laurence Yadi & Nicolas Cantillon, avec la compagnie Cie 7273, à la salle du Lignon, le samedi 01 avril.

Mise en scène : Laurence Yadi & Nicolas Cantillon

https://www.vernier.ch/evenements/tarab-laurence-yadi-and-nicolas-cantillon-4614894

Photos : © Régis Golay

Laure-Elie Hoegen

Nourrir l’imaginaire comme s’il était toujours avide de détours, de retournements, de connaissances. Voici ce qui nourrit Laure-Elie parallèlement à son parcours partagé entre germanistique, dramaturgie et pédagogie. Vite, croisons-nous et causons!

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