Ultra Saucisse au TMG : c’est reparti !

Qu’on se le dise : au TMG, les marionnettes sont parfois… des saucisses. Artificielles et bien imitées, d’accord. N’empêche… si vous vous demandez à quoi ressemble une pièce dont les protagonistes sont des pièces de charcuterie, c’est le moment de foncer : Ultra Saucisse reprend du 5 au 16 mai ! On vous y parlera même de harcèlement scolaire. Tendre, drôle, touchant.

Conçue, écrite et jouée par Delphine Bouvier et Fanny Brunet, cette pièce est la dernière que j’ai vue dans un vrai théâtre. C’était un matin de janvier 2021 et, aujourd’hui encore, j’en garde un souvenir très vif. C’est d’abord le titre, improbable qui m’a plu : Ultra Saucisse – mais qu’est-ce que ça pouvait bien raconter ? Le mystère s’est encore épaissi, quand je me suis rendue compte que les protagonistes de cette histoire étaient réellement… des saucisses !

Ma vie de saucisse

Dans la boucherie-charcuterie de Delphine Bouvier et Fanny Brunet, qui trône au centre de la scène du TMG, il y a de choses alléchantes : des chapelets de saucisses, des jambons fumés, des bottes de persil d’un vert étincelant… Les deux bouchères-charcutières nous accueillent avec leurs tabliers et leurs chemises à petits carreaux, un grand sourire aux lèvres. Sont-elles vendeuses, marionnettistes, narratrices, mamans, conseillères ?… un peu de tout ça, pour les personnages qu’elles animent avec dextérité, dans cette pièce qui tient un peu du théâtre d’objets et des marionnettes de table.

Dans Ultra Saucisse, on suit le quotidien de Charlie, une petite chipolata de 8 ans, qui coule des jours heureux et sans histoires. Elle vit avec ses deux parents, va à l’école en compagnie d’une ribambelle de saucisses de Morteau, de Strasbourg ou de merguez… bref, tout va bien ! Mais un jour, tout se précipite : pendant un cours de sport, Charlie, concentrée pour achever une course d’obstacle, est prise d’un besoin pressant… et c’est l’accident. Le drame. Kevin, un élève de sa classe, la surprend et l’affuble d’un surnom infâmant : « La Pisseuse ». Pour Charlie, c’est le début de l’enfer.

Émotion et charcuterie

Ultra Saucisse est donc une pièce qui parle, avant tout, de harcèlement scolaire. Après l’incident du cours de sport, la vie de Charlie ne sera plus comme avant : ses camarades se moquent d’elle, entraînés par Kevin dont elle devient la souffre-douleur. La honte l’empêche de parler de ses problèmes à la maison. Elle perd confiance dans les autres et, plus encore, en elle-même. Lentement, elle s’enfonce dans une spirale qui mettra longtemps à se briser…

À priori, il peut sembler étrange d’utiliser comme marionnettes des saucisses (ou plutôt, des imitations de saucisses, puisque ce ne sont pas de vraies denrées qui sont mises en scène) pour évoquer une thématique si résolument humaine. D’autant plus que ces saucisses-là n’ont pas de visages, de mains ou d’autres attributs anthropomorphiques qui pourraient aider à faire passer une émotion… Et pourtant, on se laisse facilement happer par l’histoire : entre les mains de Delphine Bouvier et Fanny Brunet, les saucisses sont étonnement expressives. La moindre ondulation de leur corps long et mous transmet un sentiment : la joie, le rire… mais aussi la tristesse, l’abattement, la colère. Dans une scène qui semble tout droit sortie d’un film d’horreur, Charlie imagine les supplices qu’elle aimerait faire subir à Kevin pour se venger… et promis, on a la trouille, juste en regardant une chipolata !

Tout autant, les expressions sur les visages des bouchères-charcutières-marionnettistes renseignent sur l’état intérieur des marionnettes – en particulier Charlie, dont elles prennent un grand soin, comme deux mamans qui essaieraient de guider leur petite. En parallèle à cet aspect visuel, la musique joue en grand rôle pour accompagner les remous intérieurs de la chipolata harcelée : jouée sur scène (au violon, ou fredonnée) ou diffusée comme une bande-son, elle achève de nous mettre en résonnance avec les sentiments de Charlie. Face à une telle performance, on se retrouve en totale empathie avec ce personnage attachant, auquel il est si facile de s’identifier. Un bon moyen, peut-être, d’amorcer le dialogue avec des enfants qui pourraient être victimes de harcèlement scolaire – victime, ou bourreau. À voir, sans hésiter.

Magali Bossi

Infos pratiques :

Ultra Saucisse, une création du TMG développée à partir d’une forme courte issue du Cabaret en Chantier 2019, du 5 au 16 mai 2021 au TMG.

Conception, texte et jeu : Delphine Bouvier et Fanny Brunet

Photos : ©Carole Parodi

Magali Bossi

Magali Bossi est née à la fin du millénaire passé - ce qui fait déjà un bout de temps. Elle aime le thé aux épices et les orages, déteste les endives et a une passion pour les petits bols japonais. Elle partage son temps entre une thèse de doctorat, un accordéon, un livre et beaucoup, beaucoup d’écriture.

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