Un été avec Michée

Connaissez-vous Michée Chauderon ? Si vous habitez Genève ou que vous aimez l’histoire, son nom vous dit peut-être quelque chose. Du 10 au 28 août, découvrez son tragique destin dans une pièce de théâtre itinérante qui sillonne les domaines viticoles du canton : Le Charroi de la Michée. Attention, récit entre légende et réalité !

Michée Chauderon est née en 1602, dans le village de Boëge, en Savoie… mais elle est surtout connue pour avoir été la dernière personne à être exécutée pour crime de sorcellerie à Genève, le 6 avril 1652. Depuis le 29 juin, la troupe du Théâtre La Mouette lui rend hommage, à travers une pièce écrite et mise en scène par son directeur, Jacques Sallin.

On y découvre la vie de Michée, de ses premiers pas d’enfant dans la campagne de Boëge (où elle apprend à connaître les simples, ces plantes qui sauvent et qui guérissent) à son mariage malheureux avec Louis Ducret, un cardeur de soie avec qui elle s’installe à Genève. En compagnie de Michée, on découvre l’histoire de la Cité de Calvin, les petits et grands événements, les joies, les pestes…

…sans oublier les contes et les légendes qui se faufilent entre les pavés de la Vieille-Ville ! Des aventures genevoises de Gargantua au chagrin de Marie-Madeleine la fileuse, des lamentations de la Dame Blanche de Saint-Pierre aux destinées sanglantes des amoureuses de la Pierre-aux-Dames, on se promène de ville en campagne – jusqu’au dénouement tragique.

Onze artistes racontent ainsi le destin de Michée, entre théâtre, danse et musique live. Leur spécificité ? Ils et elles incarnent une troupe du XVIIe siècle qui, endossant des rôles multiples, reconstitue la vie de la guérisseuse accusée à tort de sorcellerie (elle a d’ailleurs été réhabilitée en 2001). C’est donc du théâtre dans du théâtre, un déluge de mises en abyme. Véritable troupe itinérante, le Théâtre La Mouette joue sur un charroi dont les pans se déplient pour former la scène. Entre Commedia dell’Arte et intrigue à la Molière, Le Charroi de la Michée se déplace de domaine viticole en domaine viticole, jouant dans les cours des fermes et au milieu des prés.

Un petit avant-goût ? Quelques membres de la troupe nous ont livré leurs impressions…

Jacques Sallin (auteur et metteur en scène) : « Chacune de mes mises en scène s’éloigne naturellement de sa genèse issue du huis-clos de mon bureau. Pour Le Charroi, si les premiers atomes qui constituaient l’idée de départ demeurent, force est de constater que le spectacle tel qu’il est devenu à ce jour est une fête – et cela, je le souhaitais, mais je ne l’avais pas écrit ! Une fête qui célèbre non seulement le travail, le talent et les idées de toute la troupe, tant sur scène qu’en coulisses, mais surtout qui permet, le temps d’une soirée d’été, une communion magnifique entre la scène, les vignerons qui nous accueillent et le public. Encore une fois, ceci s’espère, se souhaite… mais au grand jamais ne s’écrit ! »

Nathalie Gantelet (Pierraude) : « J’incarne le personnage de Pierraude. J’ai mon franc parler, mais on me dit drôle. Je suis également veuve, lavandière et marraine de Michée. Pour moi, la scène de l’exécution est sans doute un des moments forts du spectacle – exécution non fondée, car elle a eu lieu uniquement sur la base de médisances, de croyances, de méchancetés et de jalousies. En tant que troupe, jouer dans des lieux différents nous demande évidemment une adaptation au niveau de la mise en scène de chaque déplacement… mais le plaisir de sentir le public si réceptif fait oublier les difficultés ! »

Maryline Bornet (Jacquine) : « J’incarne Jacquine. Elle est joyeuse, virevoltante et a un petit côté taquin. Elle s’assagit volontiers lorsqu’elle doit interpréter le personnage de Michée, dont la troupe que nous incarnons raconte l’histoire, et prend particulièrement plaisir à jouer son côté naïf. Dans le spectacle, j’apprécie beaucoup les moments racontés, parce qu’ils offrent une belle intimité avec le public, et soulignent la touche onirique qu’apportent avec talent les musiciens et la danseuse. Pour moi, le fait d’être itinérants, c’est la routine sans cesse renouvelée, le pincement au cœur de devoir quitter un endroit et des gens que l’on a appréciés, et l’émerveillement de découvrir le lieu suivant. »

Pat LaGadji (Aloyse) : « Quant à moi, je suis Aloyse. On me dit vive et effrontée. Je suis parfois conteuse, parfois lavandière – et d’autres fois encore, personnage des légendes que nous traversons. Le fait de mettre en scène, d’une manière si concrète, ce que peuvent provoquer les médisances, les jalousies et les méchancetés permet de prendre conscience que cela peut détruire une personne et la conduire jusqu’à la mort… tout en nous ramenant à aujourd’hui, aux problèmes que traversent certains jeunes, par exemple avec le harcèlement. Ce sont, pour moi, des passages de la pièce qui peuvent véritablement faire bouger les consciences.

Quant au changement de lieu, il nous fortifie dans notre faculté d’adaptation, ce qui est selon moi une valeur importante dans la vie ! Sans cesse, nous découvrons de nouveaux endroits, de nouvelles personnes. Un bonheur ! »

Serge Clopt (Baptiste) : « Je suis Baptiste, le clown blanc emblématique de la Commedia dell’Arte. Souvent provocateur et aussi péremptoire, il peut rire de tout en gardant de tendres émotions. La mort de la Michée reste pour moi, par son côté allégorique et symbolique, un temps fort du spectacle, de par les fortes émotions offertes par deux comédiennes exceptionnelles de sensibilité et de présence. L’itinérance, quant à elle, nécessite chaque fois une adaptation nouvelle au lieu rencontré, ce qui permet de redonner aux rôles incarnés une énergie neuve. »

Chaquib Ibnou-Zekri (Thomassin) : « Je suis Thomassin. Je peux paraître simplet… mais ne suis pas naïf ! Passant, tour à tour, de paysan à ouvrier, de conteur à pasteur, je traverse le spectacle aux travers de mes différents personnages – crédules, amuseurs ou sermonneurs. Le jugement de Michée, qu’il soit proféré par ses juges ou chuchoté par ses pairs, me paraît être un moment particulièrement marquant de la pièce. S’il y a un côté rassurant à se dire que c’est désormais une époque révolue, il ne faut pas oublier que l’Histoire sait se grimer et se parer de ses plus beaux atours pour nous servir le même ragoût maintes fois dégorgé… Ce climat me renvoie aux condamnations gratuites, envoyées à tous ceux qui “dérangent” par leurs façons de vivre, de croire ou de penser.

Parallèlement à cela, jouer en itinérance nous rapproche de cette notion d’acceptation qui m’est chère, puisqu’en arrivant dans un nouveau lieu, nous sommes naturellement l’Étranger. Étranger parce que nouvel arrivant, et étrange parce qu’objet revenant d’un autre temps, étant donné que nous incarnons une trouve du XVIIe siècle. Pour nous, c’est à chaque fois un petit voyage dans le temps (avec le confort moderne tout de même !), qui nous fait vivre comme au temps des troubadours et des comédiens indignes d’être enterrés en terre d’église… »

Magali Bossi

Envie d’aller plus loin ? Ne manquez pas les représentations d’août du Charroi de la Michée (détails ci-dessous). Et, si vous êtes curieuses et curieux d’histoire, plongez-vous sans tarder dans les différents podcasts et émissions que la Radio Télévision Suisse Romande a consacré à la sorcellerie en Romandie  et en Suisse:

 Infos pratiques :

Le Charroi de la Michée de Jacques Sallin, du 10 au 28 août chez différents vignerons genevois.

Mise en scène : Jacques Sallin (avec l’assistance de Carmélia Chassot)

Avec Maryline Bornet, Celtia Concha, Nathalie Gantelet, Serge Clopt, Nathalie Gantelet, Pat LaGadji, Michel Kuhne et Chaquib Ibnou-Zkri

Danse : Konstantina Fytrou (sur des chorégraphies d’Antonio Gomes)

Musiciens : Matthieu Bielser et Magali Bossi (sur des compositions de Patrick Bielser)

Scénographie : Éric Debonneville

Construction et décor : Éric Dugerdil

Costumes : Odile Thevenot

Informations, dates et réservations : https://cielamouette.ch/le-charroi-de-la-michee/

Photos : © Éric Debonneville

Magali Bossi

Magali Bossi est née à la fin du millénaire passé - ce qui fait déjà un bout de temps. Elle aime le thé aux épices et les orages, déteste les endives et a une passion pour les petits bols japonais. Elle partage son temps entre une thèse de doctorat, un accordéon, un livre et beaucoup, beaucoup d’écriture.

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