Les réverbères : arts vivants

Un Théâtre comme une île

Troisième saison à la tête du TO!, alias le Théâtre de l’Orangerie, pour Céline Nidegger et Bastien Semenzato. Le duo souhaite ce lieu à part comme un endroit où « les élans se croisent, se répondent, circulent.[1] », un lieu fait pour la création, le partage et la vie. Découvrons sans plus attendre la saison estivale concoctée par la direction.

Le Théâtre de l’Orangerie, c’est d’abord du local, des collaborations, puis de l’exploration, et enfin du partage. Le privilège d’être au milieu d’un parc favorise une arrivée au Théâtre tout en décontraction, à travers les arbres séculaires et les pelouses verdoyantes, une sorte de sas que l’on traverse un soir d’été pour d’abord se rafraîchir à la Buvetto – avec sa carte locale et de saison – avant de découvrir le théâtre.

Revoir des classiques

Pour ouvrir la saison, la promotion O de la Manufacture s’attaque à Hamlet. Une histoire tragique, oui, mais aussi féroce, absurde où le passé éclabousse le présent. La grande force des classiques est de résister au temps, au point que de jeunes comédien-nes tentent de mieux comprendre le monde à travers la figure de ce Roi. À voir dès le 17 juin ! Cette figure emblématique du théâtre shakespearien sera décidément à l’honneur, puisque Valeria Bertolotto présentera Faire Hamlet !, dans laquelle elle confronte sa situation de comédienne sur le déclin à l’approche de la cinquantaine avec celle de Dylan, jeune acteur à peine sorti de l’école. Alors que tou-tes deux s’emparent de la figure d’Hamlet, la frontière entre vraie vie et fiction s’effrite au fil des interprétations des cinq autres interprètes toutes générations qui les entourent.

C’est ensuite Léa Pohlhammer qui reprendra le flambeau, avec Violencia Rivas, un spectacle en hommage à cette ancienne chanteuse de yéyé argentine. Sauf que… celle-ci est totalement fictive ! Léa Pohlhammer s’empare donc de cette figure pour oser faire sur scène ce qu’elle n’oserait faire dans la vie. Pour ce faire, elle sera accompagnée d’Adrian Barazzone, alias Adrichien, le chien à punk ! On nous annonce une véritable ode à la grossièreté mais sans vulgarité. Puis, pour clore le mois de juillet, le TO! accueillera la performance théâtrale et dansée de Marlène Charpentié, Poussière de crotte dans le cœur d’une diva. Humour absurde, critique capitaliste, cabaret fantastique sont les maîtres-mots de cette pièce où trois drôles de figures se croisent : un drag-king, une diva vampire et un-e étrange Pierrot.

Au mois d’août, place à Louis Bonard et à ses Voüéces. Kézako ? Les Voüéces, ce sont des voix venues troubler le quotidien de deux dames recluses en haut d’une très haute tour. Qui sont-elles au juste ? Il faudra se rendre au TO! pour le savoir. Puis, le collectif Foulles débarquera fin août avec Medieval crack, une fresque dansée où musique et danse s’entremêlent pour tenter de se réapproprier les failles queer de l’Histoire, pour une autre interprétation de celles-ci. Juste après, le collectif présentera également Le cerveau mou de l’existence, où notre boîte crânienne devient terrain de jeu, pour réinventer nos pensées comme une chorégraphie.

La saison estivale se clôturera avec La Bâtie – Festival de Genève, qui marquera le début de la saison régulière culturelle. Bastien Semenzato, Karine Guignard et Léo Besso s’associent dans Les mondes qui nous manquent, pour nous plonger dans les pensées d’un philosophe qui s’interroge sur la difficulté à désirer un futur différent. Pour ce faire, des versions plus kitsch et excessives de chaque interprète, comme des alter ego pour inventer un autre monde.

Le jeune public aussi à l’honneur

Le TO! n’oublie pas non plus de préparer la relève, avec plusieurs propositions destinées au jeune public. On commence dès le 1er juillet, une fois les vacances scolaires entamées, avec Une chose après l’autre. Joëlle Fontannaz y installe un chez-soi improbable au cœur du jardin de l’Orangerie. Ou comment prendre du plaisir lorsqu’on ne réfléchit pas en amont à nos actions. En parallèle, dans un faux camion, on découvrira une vraie cuisine, avec La Cantine de Nasreddine. Trois personnages nous transmettront les fameuses histoires de Nareddine Hodja et son univers décalé et haut en couleurs.

Dès le 22 juillet, Charlotte Durmatheray partagera Fortune !, où deux divinités intègrent le territoire du parc de la Grange. Un spectacle participatif, où il s’agira d’aider un enfant à qui rien ne réussit, grâce à la roue de la fortune !

Saison musicale

L’Orangerie accueillera également de nombreux concerts, dans différents styles. Après un premier week-end consacré à la Fête de la musique, on retrouvera, pêle-mêle, Judith*G et ses tubes cathartiques inspirés de la pop des années 90 ; la dark country de Jeremy Ratib & The Sunday Cartoons ; un set live Indie danse et dark disco music signé Douglas Vanille ; de la cosmic psych folk avec Blind Yeo ; ou encore un DJ set de Planète Rouge pour débuter le mois de juillet.

On voyagera ensuite avec Célia Wa et sa « soul creyol du futur », Jô et son reggae groove brésilien, le blues touareg d’Imarhan, ou encore le DJ set Italo disco new beat de Pornopolis et Bowmore. Plus tard, Garaventa présentera ses sons synthwave post-punk, alors que Louis Matute Large Ensemble nous embarquera dans son univers jazzy. Si vous n’étiez pas encore assez dépaysé-es, alors il faudra aller écouter Cocanha et sa transe polyphonique occitane, ou Skankin’ Society sound system et ses sons Rocksteady et retro reggae, voire même Chicha Libre et sa psychedelic cumbia.

En fin de saison estivale, Zafîf nous embarquera dans des grooves neo bedouin hypnotiques, tandis que Boukman Eksperyans et Paul Beaubrun nous emmèneront dans les îles avec leur rock vaudou haïtien. Arat Kilo & Mamani Keita vous feront danser sur des rythmes ethio-jazz, tandis que Junee proposera sa cosmic weird pop, suivie de Mitsune et sa japanese folk fusion. Enfin, début septembre, on enchaînera entre Yalla Miku et ses sons polyplanet postkraut, ou encore Nonante et ses aires post-punk new wave.

Des ateliers en veux-tu en voilà

Au TO!, on participe également à la saison. Pour ce faire, de nombreux ateliers et rencontres sont organisé-es. On pourra, par exemple, créer des cartes postales avec Florence Widmer Garcia, participer au vernissage d’une bibliothèque volante, assister à un DJ set accompagné d’un atelier mouvement, ou déguster un Petit Tajine, où l’atelier créatif s’accompagnera d’une histoire.

Le Théâtre du Courrier fêtera ses 10 ans autour de 10 textes et 10 auteur/trices, le 5 juillet. Quelque temps plus tard, à la mi-juillet, un atelier forum s’interrogera sur les dynamiques genrées et les enjeux de pouvoir dans les arts vivants. Une semaine plus tard, en marge de Fortune !, on pourra s’initier à l’astrologie politique, avant de créer des marionnettes et masques d’animaux en papier, pour créer notre Bestiaire Imaginaire.

Fin août, on se retrouvera autour de lectures pour enfants par Noemi Michel, l’occasion de rencontrer l’autrice. On pourra également récolter ce qui aura poussé dans le potager, pour le cuisiner, avant d’enchaîner avec un thé dansant. On aura encore l’occasion de découvrir l’art de la scénographie, de découvrir l’improvisation dans le décor du collectif Foulles, ou encore d’imaginer une société plus juste, durable et heureuse.

Des rendez-vous incontournables

Que serait une saison du TO! sans la présence du Cabaret B.E.T. ? Le collectif s’associe encore une fois à la Geneva Total Wrestling pour proposer une version catch détonnante et explosive. Quant au 1er août, il sera encore marqué par la fameuse Rioule, où Diamanda Callas, Lady Ricart, Royale Cattin et Moon nous feront l’honneur de leur présence. Enfin, Marie-Aude Guignard, accompagnée de 213 enfants genevois-es proposera sa « performance buissonnière pour affichage officiel dans l’espace public », intitulée L’Art¿. L’occasion d’inverser le système des savoirs, où des jeunes de 7 à 12 ans tenteront de redéfinir cette notion ô combien abstraite, parfois, qu’est l’art.

Alors, on se voit dans le parc de La Grange cet été ?

Fabien Imhof

Les informations pratiques et les détails de chaque spectacle sont à retrouver sur le site du Théâtre de l’Orangerie.

Photos : ©Théâtre de l’Orangerie

 

 

[1] Extrait de l’édito de saison

Fabien Imhof

Co-fondateur de la Pépinière, il s’occupe principalement du pôle Réverbères. Spectateur et lecteur passionné, il vous fera voyager à travers les spectacles et mises en scène des théâtres de la région, et vous fera découvrir différentes œuvres cinématographiques et autres pépites littéraires.

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