VDR 2022 – Ramboy

Pour la troisième année consécutive, La Pépinière organise un atelier autour de la critique cinématographique, en collaboration avec le festival Visions du Réel. Pour donner envie aux participant.e.s d’écrire, nos rédacteur.trice.s se sont essayé à l’exercice de la critique courte, autour du documentaire Ramboy, une histoire de transmission des traditions entre un grand-père et son petit-fils, sur l’île d’Achill, en Irlande.

Ramboy : transmettre les traditions

Un jeune homme passionné de foot; un grand-père fermier qui lui enseigne les bases du métier. Ramboy, un documentaire de Mathias Joulaux et Lucien Roux, qui raconte avec tendresse la relation de ces deux hommes, et son évolution par l’apprentissage du métier.

Sur l’île d’Achill en Irlande, tout paraît être en noir et blanc : les moutons, les maisons, le chien de berger et les vêtements des deux hommes que l’on aperçoit à l’écran. Seuls les pâturages verdoyants détonnent et apportent de la couleur à ce paysage. Le jeune homme est fan de football et espérait passer ses vacances à jouer avec ses amis. Il n’en sera rien, son grand-père ayant décidé de le former à la ferme. Il pourra ainsi l’aider à plein temps une fois son école terminée. Les moments à la ferme sont d’abord empreints d’une certaine grisaille : très peu de couleurs se détachent à l’écran, si ce n’est des touches de rouge rappelant le sang des moutons ou les marquages jaunes qu’ils portent aux oreilles. Cela contraste avec les moments de jeu, sur le terrain de foot, où les couleurs deviennent criardes. L’herbe du terrain et celle du pâturage font le lien entre ces divers moments, alors que petit à petit, la ferme devient plus colorée, comme si le jeune homme prenait de plus en plus de plaisir à y travailler.

La musique apporte elle aussi son lot de symboles : elle ne résonne que lorsque la voix du jeune homme se fait entendre en off, pour accentuer les émotions, les souvenirs. Lancinante, elle accompagne l’évolution de la relation entre un grand-père et son petit-fils. Si les choses avaient mal débuté, tout finira bien et le jeune homme prendra finalement goût à ce travail fastidieux.

Fabien Imhof

Me passeras-tu le flambeau ?

Teintée de verts et de gris, l’histoire du vieux berger Martin et de son petit-fils footballeur Cian sur une île aux confins de l’Europe a tout du maître et de l’élève : une passion, un mode de vie et des façons de faire, strictes, à partager avant de disparaître dans l’océan des mémoires, qui fait rage sur les rives, là où les brebis s’égayent.

Comment transmettre sans tancer ? Dans leur documentaire romancé, Matthias Joulaud et Lucien Roux laissent une grande place aux voix et à leurs échos comme les mots seront les vecteurs de l’apprentissage. Puis viennent les gestes que le petit-fils ne cesse d’améliorer. Faire asseoir un mouton pour vérifier la bonne santé de ses pieds, couper des cornes d’un seul trait ? Pas si facile… Les mots sont criés, d’abord, Ramboy ! puis parlent de récompense, Good boy ! Des contrastes – très appréciés – que les réalisateurs renforcent par des variations entre couleurs douces, paisibles comme le bleu ciel, le blanc qui évoqueraient l’ancien temps des traditions, de ce qu’il faudra poursuivre sur le long terme, et celles de l’action et des quêtes nouvelles, comme le T-Shirt de foot d’un jaune éclatant.

Joulaud et Roud portent à l’écran l’histoire d’un berger bienheureux qui ne peut cacher son rôle de grand-père, fier des efforts de sa progéniture. La présence plurielle des identités est rassurante et appréciée : on y voit la tradition, étrillée par les vents forts et de plus en plus vivante.

Laure-Elie Hoegen

 

Ramboy : impalpable complicité

Au large des côtes irlandaises, l’été se déploie sur Achill Island. Perdus dans l’immensité de la lande, un adolescent et son grand-père se découvrent, s’opposent, s’apprivoisent. Le premier espère jouer au foot avec ses copains ; le second a un métier à transmettre : celui des bergers.

Réalisé par Matthias Joulaud et Lucien Roux, Ramboy est un moyen-métrage suisse sorti en 2022. Tout commence par des sons, avant même que l’image n’apparaisse à l’écran : le sifflement du vent, les cris des oiseaux, le balancement de la mer, le bêlement des moutons… et la voix lointaine du berger qui appelle son chien. Comme le jeune Cian, nous pénétrons dans ce monde presque par effraction, sans savoir ce que nous allons y trouver. Puis, peu à peu, nous apprenons. Les bruits de l’île deviennent nos guides, tout autant que la voix et la présence du grand-père – à la fois rassurant et bourru, autoritaire et complice. Avec Cian, nous passons d’un monde à l’autre : l’herbe morne des pâturages, tantôt grise, tantôt verte ; le gazon bien entretenu d’un terrain de foot ; l’abattoir blanc où s’écoule le sang des moutons… Ramboy fait le pont entre les lieux (la lande, le terrain de foot) et les générations (Cian et son grand-père), soulignant leurs différences mais suggérant surtout leur complicité naissante.

C’est, sans doute, dans les scènes crépusculaires que le film se noue : loin du chromatisme terne des images diurnes, les moments attrapés entre chien et loup prennent des couleurs électriques, vibrantes – presque saturée. Les jaunes y éclatent, les bleus mangent les visages, les verts et les oranges rebondissent sur le dos des moutons et dans l’éclairage nocturne de la ville au loin… Point d’orgue de cet onirisme où un destin se joue, une voiture rouge, seule tache de couleur au milieu de la lande pluvieuse. À l’intérieur, Cian et son grand-père discutent – et, à travers la vitre où s’écoule la pluie, nous percevons faiblement leurs mots, leurs rires, leurs sourires. Les bruits de l’île ont cédé la place à la musique, intense et nostalgique. Ce moment, qui marque l’acmé de la transmission, fait entrer Cian dans un nouveau monde : il est, à son tour, devenu véritablement un berger.

Magali Bossi

Référence : Ramboy, de Matthias Joulaud et Lucien Roux, Suisse, 2022, 30 minutes.

Photo : © DR

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