Le banc : cinéma

Visions du Réel – Atelier critique – Jesa (2)

Aujourd’hui, La Pépinière vous emmène au sein de l’atelier de critiques qu’elle organise pendant le festival Visions du Réel. Les participant-e-s ont visionné un court-métrage intitulé Jesa et se sont livrés à un exercice de critique courte. En voici deux, signées Juliette Galeazzi et Fernanda Guerrero.

Jesa : à déguster !

En Corée du Sud, un repas somptueux est offert à un-e défunt-e le jour de l’anniversaire de sa mort. C’est cette cérémonie ancestrale appelé le jesa, comme ce film en forme de recette de cuisine, qu’invite à découvrir ce court-métrage sauce aigre-douce.

Il y a d’abord les ingrédients, leurs couleurs intenses, façon Instagram. Il y a ensuite ces mains invisibles. Qui donc découpe ces courgettes si vertes avec tant d’énergie ? Ce poisson s’écaille-t-il tout seul ? En recourant au stop motion, Jesa désarçonne d’abord, donnant à voir un ballet désarticulé autour d’une table. Dans la pièce, une femme – qu’on ne fait qu’entendre – dresse le couvert pour ces êtres invisibles, obéissant aux instructions d’une voix d’homme, celle de son père, aussi précis que directif. La scène a ceci d’original qu’elle se déroule par Skype, interface entre deux générations qui se parlent et se respectent sans complètement se comprendre.Car face à cette tradition d’un autre temps, ses règles rigides, la jeunesse s’interroge. Est-ce bien normal que seules les femmes soient chargées des tâches ménagères pour le jesa ? Faudra-t-il la perpétuer à l’avenir ?

Témoin privilégié d’une scène intime à portée universelle, le public découvre grâce à ce film une cérémonie ancestrale. Dépaysé, il peut au choix se laisser charmer par la poésie des images ou s’arrêter sur la gravité de la question qui traverse ce court-métrage, celle de la transmission et de la place des traditions au XXIe siècle. Bref, Jesa offre un voyage à la carte. Un menu dégustation à savourer sans hésitation.

Juliette Galeazzi

Référence :

Kyungwon Song, Jesa, Etats-Unis, Corée du Sud, 2019, 6 minutes

*****

Jesa: Une histoire de famille

À travers un échange à distance avec ses parents, la jeune réalisatrice Kyungwon Song nous invite à participer à la préparation du jesa. Chaque étape de la traditionnelle cérémonie en hommage aux ancêtres est soigneusement illustrée autour d’un débat sous-jacent.

En effet, la lourde tâche autour de la préparation du jesa incombe à la femme, le plus souvent la mère. L’homme, le père, quant à lui, donne les ordres et supervise. D’où le questionnement discret quant à la pertinence de telles traditions dans le contexte socioéconomique de la Corée d’aujourd’hui.

Pour venir souligner en quelque sorte cette dichotomie, Kyungwon Song oscille entre des prises de vue plongeantes, représentant ainsi à merveille l’autorité masculine, et une animation en stop motion, lorsqu’elle nous dévoile la fastidieuse préparation de tous les aliments. Cette technique, qui n’est pas sans rappeler certains dessins animés, souligne d’une part le lien complice entre mère et fille et, d’autre part les coupures qui se forgent entre traditions du passé et le monde moderne.

Fernanda Guerrero

Référence :

Kyungwon Song, Jesa, Etats-Unis, Corée du Sud, 2019, 6 minutes

Photo : Kyungwon Song, Jesa, Etats-Unis, Corée du Sud, 2019

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *