Autoportrait : Addition. Tout a Rien à Rien a Tout

Depuis plusieurs années, le Département de langue et littérature françaises modernes de l’Université de Genève propose à ses étudiantes et étudiants un Atelier d’écriture, à suivre dans le cadre du cursus d’études. Le but ? Explorer des facettes de l’écrit en dehors des sentiers battus du monde académique : entre exercices imposés et créations libres, il s’agit de fourbir sa plume et de trouver sa propre voie, son propre style !

La Pépinière vous propre un florilège de ces textes, qui témoignent d’une vitalité créatrice hors du commun. Qu’on se le dise : les autrices et auteurs ont des choses à raconter… souvent là où on ne les attend pas !

Aujourd’hui, nous vous proposons de faire connaissance avec un des participants de cet Atelier. Elias Abderraziq pose sur le monde un regard très… mathématique. Tout est question d’addition, en somme. Bonne lecture !

* * *

Addition : Tout a Rien à Rien a Tout

I. Addition = Somme des constituants :

Constituant = Unité d’un tout :

Tout = Ensemble d’unités :

Unité = Forme d’un tout :

Tout = Rien :

Rien = Tout :

Forme :

:

 

II. Addition : Aux origines

Un plus un donne un. Mille kilomètres parcourus un millier de kilomètres plus haut. Mille siècles d’histoires séparées unies en une commune union consommée. Un plus un donne cinq. Trois poussins. Je suis le chouette aîné. Je suis l’être ailé, être aimé, jamais assez. Cinq lettres, un Ensemble Lié Indépendant d’Anzano et de Safi. Elias. Cinq façons de le dire : Élias, Èlias, Ilias, Eliiias ou Elias. Un plus un donne trois. La flamme de folie des ruelles ardentes de Casablanca, la paille dure et sèche des champs dorés des Pouilles, la bulle de verre d’air pur et limpide de la Suisse. Le triangle du feu. Le triangle de la Méditerranée, le triangle des Bermudes en plus déboussolant, azur et rafraîchissant.

III. Addition : Aux limites

Est-ce qu’une fois que j’aurais terminé mon Master, que j’aurais réglé ma consommation de substances organiques, que j’aurais recalibré mon sommeil, que j’aurais atteint mon poids idéal, que j’aurais trouvé le véritable timbre de ma voix, que j’aurais apprivoisé cette main baladeuse et ces yeux fugitifs, alors, je serais complet ? Rien n’est moins sûr.

Est-ce qu’une fois que j’aurais relié la mer de mots, d’ancêtres, de traditions, de parfums, de violences, de peines et de peurs qui séparent mes racines, que j’aurais fait remonter à la surface tous les non-dits, toutes les animosités, tous les malentendus, tous les points de disjonction, que j’aurai remonté tous les courants de pensée et de vie jusqu’ à l’universelle source, alors, je serais complet ? Je serais touché par tout partout.

Est-ce qu’une fois que ma poussière de lumière irradiera les reflets du Léman, que le vent m’emportera dans ses danses riantes, dans ses méandres renversants par-dessus les Alpes, que ma nuée de passion se précipitera sur les pentes sinueuses des hommes, polira leurs rochers, que mon torrent d’amour s’infiltrera dans chaque jardin, nourrira chaque figuier de Barbarie, caressera chaque rose et qu’enfin chacune de mes particules rejoindra le vaste océan cosmique, alors, est-ce qu’une fois que je ne ferai qu’un avec l’univers, je serais complet ? Je serai enfin tout, mais de moi, il ne restera rien.

 

IV. Addition : Va être salée

Fumeur invétéré : tout se fume avec un peu de bonne et beaucoup de mauvaise volonté.

« Funambuliste » : les limites sont faites pour être dépassées, reliées, mais surtout parcourues. Attention, elles ne tiennent souvent qu’à un fil.

Un sens de la répartie mal réparti : un type avec un couteau. Il en veut à mon argent. Sa demande manque de tranchant.

Une graine de héros : avec mes camarades, faire honneur à Guillaume Tell avec à 30 mètres un fusil d’assaut, et de l’autre une pomme qui tient à 10 cm de ma vie.

Une curiosité insatiable : boire la vie jusqu’à la dernière goutte, celle qui fera déborder le vase.

Elias Abderraziq

Ce texte est tiré de la volée 2021-2022, animée par Magali Bossi et Natacha Allet.
Retrouvez tous les textes issus de cet atelier
ICI.

Photo : © geralt

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