Besoin de culture, à cor et à cris !

Délogeons les routines : En avant pour un programme culturel actif et vespéral sur les rives du Léman. Nouvelles loges ? Non… On vous présente la nouvelle saison de l’Usine à Gaz qui s’y trouve depuis 1864 et devient salle de spectacle en 1995 ! 

Rapide détour via Paris pour le plaisir des promenades citadines : On se rappelle Walter Benjamin, qui, lors de ses années d’exil après-guerre flânait dans les différents quartiers parisiens, habité par l’ambition immense de décrire la ville et de trouver des parallèles, des façons de relier les architectures du passé et à celles du présent.[1] C’est ce à quoi nous convie le nouveau programme de l’Usine à Gaz : Un parcours vivifiant entre les différentes salles culturelles de la ville et des environs ! Êtes-vous d’ailleurs déjà allés vadrouiller, rôder du côté de L’Usine à Gaz pour y voir l’évolution récente de ces blocs industriels du passé ? L’espace culturel de l’Usine à Gaz, désignant jusqu’alors qu’une unique scène, comptera sous peu une seconde salle que la nouvelle directrice, Karine Grasset, et son équipe auront l’honneur d’inaugurer… bientôt ! Ce sera un must. Pour l’instant, l’association l’Usine à Gaz, forte de plusieurs partenariats avec les salles de la région, mène une programmation itinérante, la dernière…avant de proposer une saison sur place dans le bâtiment éponyme.

Prêter l’oreille…

Et voici les différentes occasions pour aller y siroter des plaisirs ! Je nomme : Concerts, pièces, one-man shows. Le 20 octobre – il n’est jamais trop tard pour une sortie d’exception ! –, le Temple de Nyon – et ce ne sera pas le seul lieu que vous découvrirez ( ?) avec cette saison ! – accueille le Louis Matute Quartet combinant envolées jazz régionales et d’ailleurs avec la présence de Zacharie Ksyk, trompettiste, et Amine M’raihi, joueur de oud. Aucune limite pour nos connaissances musicales ! Voguant d’un lieu à l’autre, voici ce qui vous attend, en novembre : Un bond vers les forêts touffues du Tessin auprès de Camilla Sparkss  – une artiste qui semble faire chanter la mousse : une musique dense, cramponnée au sol moiré par les ombres et qui donne envie de s’étendre et de vibrer. Le concert sera présenté à la Parenthèse, bar et salle de concert. S’en suivra, au même endroit, le duo  Bandit Voyage  passant un coup de pinceau pop à la chanson française – anglaise aussi.

C’est assis que vous assisterez au concert de Chassol au Théâtre de Marens cette fois-ci. Sa musique est dite cinématographique et c’est un bien juste mot. Elle stimule pléthores d’images et les accompagne divinement bien. Place aux instruments avec Les Beauregards Boys en fin de saison qui résonneront dans le caveau du château de Coppet. La nostalgie de Beau dommage pulse dans vos âmes ? Réservez votre billet pour février, une redécouverte du bluegrass, en français également et qui investit le cœur des Alpes.

Et emprunter de nouvelles voies

Le moment venu n’est jamais très loin, quand il s’agit de se prêter au jeu de nouvelles perspectives. Rien n’est clos, terminé ou figé et le théâtre nous le rappelle si délicatement.

On fête donc le repli social et automnal – pas de place pour la mauvaise humeur liée au brouillard ! –, après les beaux mois d’été étendus dans les lieux publics, avec la pièce  On s’en ira présentée dans la salle de la Colombière : Une compilation ingénieuse de quotidiens inconnus, dont le paroxysme émerge bien souvent au cœur des repas. Un aperçu original de quoi nos vies sont faites !

Spectateurs souvent étrillés par les courroux du mois de novembre trouveront abris, quiétude et divertissement, auprès de Gaëtan au début du mois à la salle communale de Nyon : Connus des plus petits, Gaëtan fait pousser la chansonnette et alimente déjà leur répertoire : Quand art et humour se donnent la main …

Vous pourrez ensuite patienter jusqu’à la fin du mois, pour assister au nouveau spectacle de l’humoriste Thomas Wiesel au Théâtre de Marens. Ce dernier propose une auto-critique saillante articulée autour de ces deux mots, si … particuliers qu’on ne sait jamais trop ce qu’ils dissimulent. Avez-vous deviné… non ? Ça va. Il y a plus grave. Cela me rappelle d’ailleurs le « c’est bien, ça » chez Nathalie Sarraute, qui en fait le cœur de Pour un oui ou pour un non. [2]A lire quelques jours avant ou après le spectacle, peut-être ?

Notre propension à nous imaginer le monde par l’entremise de récits est mise au défi : Au château de Nyon, l’on raconte les histoires différemment depuis quelque temps… Voilà une troupe qui a décidé de placer les caractéristiques féminines, masculines, à l’envers, à l’endroit, pour les faire parler et les rendre accessibles à toutes et tous. Transmis par casque audio sans restriction d’âge ! En quête de fictions, le collectif BPM fait remonter les souvenirs des archives historiques et anime, avec finesse et humour, nos objets favoris du passé. Direction la salle de la Colombière pour les retrouver.

En collaboration avec le casino théâtre de Rolle, le spectacle Hiver à Sokcho, en février, est tiré du livre éponyme d’Elisa Shua Dusapin et propose une mise en abyme : Vous suivez le parcours d’un dessinateur français dans la ville de Sokcho à la frontière névralgique entre les deux Corées, tandis qu’un dessinateur, sur scène, livre le décor, en live, sur une tablette reliée au grand écran. Du dessin au même moment que vous entendez parler d’un dessinateur. Une doubl expérience. Je vous conseille de vous accrocher pour ce spectacle ; les âmes vont s’envoler.

Mêlant le documentaire et la performance live, Rudi van der Merwe présentera, dans la salle de la Colombière, en février, Lovers, Dogs & rainbows. Un spectacle qui donne la part belle à la communauté LGBT – aux trop encore marginaux d’Afrique du Sud en questionnant la possibilité d’un renouveau au cœur de traditions ancestrales, le tout avec glamour. Être en forme, c’est aussi accepter au jour le jour des nouvelles formes d’existence, de spectacles, d’activités, de repères. Bonne conquête des salles nyonnaises !

Laure-Elie Hoegen

Le programme complet et les détails sont à retrouver sur le site officiel de l’Usine à Gaz

Photo : © Adrien Mani

[1] Le livre des passages (ori. Das Passagen-Werk)  ne sera jamais terminé. Benjamin y propose des catégories très variées, comme l’oisiveté, la construction en fer ou les passages. Il montre l’émergence de nouvelles constructions techniques, dans l’idée de présenter une histoire sociale et esthétique de la capitale au XXe siècle. 

[2] Sarraute (1900-1999), écrivaine phare du mouvement du Nouveau Roman, récuse les conventions traditionnelles du roman. Elle souligne, dans ce bref dialogue entre deux amis, la tension qui existe sous les mots les plus banals et ce qu’ils opèrent vraiment en nous.

Laure-Elie Hoegen

Laure-Elie H. souhaite contempler, observer puis archiver et causer de la vie des scènes romandes. Voici ce qui la nourrit parallèlement à son parcours partagé entre germanistique, dramaturgie et pédagogie. Vite, elle vous attend au café des Planches ou pour une lecture inattendue !

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