Et la Marmite se brisa : épisode 18

Vous aimez les enquêtes et les énigmes ?

Vous rêvez de courir après les meurtriers, d’élucider des crimes, d’être aussi habile que Sherlock Holmes, aussi perspicace qu’Hercule Poirot ? Les interrogatoires ne vous font pas peur et les indices, c’est votre rayon ? Bienvenue dans Et la Marmite se brisa, une fabuleuse enquête de Miss Apfel !

Et la Marmite se brisa est un nouveau récit participatif lancé par La Pépinière à l’automne 2020. Entre le feuilleton et le cadavre exquis littéraire, nous avons réuni des autrices et auteurs de tous bords : amateur.trice.s, confirmé.e.s, déjanté.e.s, sérieux.ses, jeunes ou plus âgé.e.s… Après le succès de nos récits participatifs précédents (Du jardin au balcon et La Geste d’Avant le Temps), les voilà prêt.e.s à s’embarquer pour une nouvelle aventure, sans savoir ce qui les attend. Cap sur le polar helvétique !

Pour cette première aventure de Miss Apfel (qui évoque bien sûr la Miss Marple d’Agatha Christie), plongez dans les secrets historiques de Genève…

Alors, ça vous tente ?

Retrouvez le début du feuilleton ICI !

* * *

Épisode 18 : Voyance et révélation !

Cabinet de Tatiana Romeniakov, rue des Chaudronniers.

Le 11 décembre, vers 9h20 du matin.

« L’aigle !!!!!!!!!!!!! La clé !!!!!!!!!!! La clé de l’aigle !!!!!!  Arghhhhhh !!!! Non !!!!! Gus…!!!! Oh Gus !!!! C’est toi Gus ! La trompette… le message…  Oh non !!!! Majesté, Roupillon, Gégette, Gribouille !!!! Nooooooon !!!! »

Le corps de François Loiseau tout entier se cambre, comme pris d’une crise tétanique. Seule sa nuque touche encore le fauteuil alors que ses jambes et son échine, tendus à l’extrême, s’arquent à lui briser les os, dans un exercice surprenant au vu de sa corpulence. Ses paupières clignotent et il se met à trembler. Ses dents s’entrechoquent, comme des percussions rythmant ses convulsions.

« Réveille-le, Tatiana ! Il risque de tomber en catalepsie ! » lance Miss Apfel d’un ton inquiet.

« Écoutez comme sa respiration est courte, son cœur va lâcher », renchérit Heidi.

« Pas de prrobliième mes chérries », répond Tatiana d’un ton facétieux, en exagérant volontairement son accent russe. ».

Elles vont protester de concert, quand soudain, le corps de François, se détend et atterrit moelleusement dans le confortable fauteuil de patient du cabinet de la psy russe.

« Rrrrrrpfuiiiii, rrrrrrpfuiiiii, rrrrrrpfuiiiii… »

Un ronflement de scieur de long a fait place aux hurlements.

« Vous voyez, très chères, il s’est assoupi comme un bébé ! Laissons-le récupérer un moment et remettons nos idées en place avant de le réveiller », suggère Tatiana, la respiration un peu courte.

Heidi et sa tante se laissent choir dans les coussins amoncelés sur le canapé du cabinet, reprenant elles aussi leur souffle et laissant échapper des sourires nerveux !

« Ah, pour ça, on peut dire que vous y avez mis les moyens, chère Madame », lance la jeune fille à la psy.

Effectivement la thérapeute, ericksonienne ou pas, n’y est pas allée de main morte ! À peine endormi par hypnose, François s’est montré agité, dès la première question. Ensuite, elle ne l’a pas lâché ! Un vrai interrogatoire, mené au knout mental, sans répit, pour extirper les informations désirées des miasmes d’un passé traumatique. Des méthodes qui ont tétanisé les deux spectatrices.

Mais qui se sont finalement révélés efficaces…

« On n’a rrien sans rrien », commente la Russe, s’autopastichant dans un grand sourire satisfait. « Mais reprenez donc une tranche de smetannik ! Littéralement “la petite crème” ! Trop mignon, n’est-ce pas ? Et délicieux, en plus. »

Mais les deux invitées semblent à leur tour hypnotisées par le spectacle paisible du ronfleur…

« Bien, Simone, à ton tour de te réveiller. Fais travailler ton esprit de déduction. Qu’avons-nous appris pendant cette séance ? »

Miss Apfel s’extrait de la torpeur instillée par ce trop-plein de coussins douillets, se lève et vient se planter devant François.

« Hmmm… on a deux indices : un aigle et une clé, rien que de très genevois et escaladesque ! » finit-elle par lâcher après un moment de remise en route.

« Et tous ces surnoms ? Les noms qu’il a prononcés… on aurait dit des noms… heu… de chats ? Non ? » suggère Heidi. »

Sa tante secoue la tête, peu convaincue.

« Je n’en suis pas si sûre. À mon avis, il faisait référence à la bande de jeunes que j’ai encadrée en 1979 – le jour de cette fameuse explosion. Gus, c’est Gustave Aeby ; Gégette, ça doit être Géraldine Favre ; Gribouille, c’est Michel Grizouille… voyons… qui est-ce que j’oublie encore ? » réfléchit Miss Apfel à haute voix. « Majesté, c’est Jean Royaume, pour sûr… »

« Il a aussi parlé d’un… heu… Roupillon, non ? Sans doute que c’était prémonitoire, vu celui qu’il est en train de faire ! » lance Heidi en croisant le regard concentré de sa tante, qui d’abord, ne relève pas.

Heidi en profite pour la relancer :

« On a donc là tous ses camarades de camp, ou je me trompe ? »

« Non, il manque Paul Dormeur… »

« Donc… Roupillon, non, si j’ai bien appris le français ? » demande Tatiana.

« Mais bien sûr ! Ils y sont tous ! » fait Miss Apfel, triomphante. « Tous ceux qui étaient présents ce jour-là… »

Se prenant au jeu, Heidi enchaîne :

« Il reste deux questions : quid de l’aigle et la clé, donc les armoiries de Genève ? Et pourquoi Gus est-il associé à une trompette, dans l’esprit de François ?

À ces mots, Tatiana enclenche le lecteur du dictaphone de son Smartphone. L’hypnotiseuse connaît son affaire : elle a pris soin d’enregistrer toute la séance, pour pouvoir revenir dessus à loisir. Oh Gus !!!! Cest toi Gus ! La trompette… le message

« Non, vu le ton, pas Gus la trompette !  Mais … C’est toi Gus ! La trompette…  ce sont deux phrases différentes, il ne veut pas dire que Gus est une trompette… mais qu’il y a quelque chose d’important avec la trompette ! » lance la psy.

Miss Apfel se lève, et l’air pensif, va à la fenêtre. Elle laisse un instant son regard se perdre sur les vieilles façades de la rue. Soudain, un sifflement aigu de François la tire de l’abîme de réflexions dans lequel elle a plongé, comme un éclair qui la transperce. Elle s’approche de lui et s’empare de sa main gauche. Elle chausse ses lunettes de vue et là, dans le creux entre le pouce et l’index, un tatouage lui saute au visage…

*

Musée dArt et dHistoire de Genève.

Le 11 décembre, 9h50.

« Puisque je vous dis de nous laisser faire notre travail, Miss Apfel ! »

« Mais qu’est-ce que ça vous coûte de vérifier mes dires, Inspecteur ? »

À peine la séance d’hypnose terminée, après avoir remercié Tatiana et laissé sa nièce aider à récupérer un Loiseau qui n’a aucun souvenir des révélations qu’il vient de fournir pendant son sommeil hypnotique, l’enquêtrice officieuse a foncé vers la deuxième scène de crime, située à cinq minutes de l’appartement de son amie. En effet, à peine la séance terminée, Miss Apfel a reçu le SMS d’une voisine toute contente d’avoir eu l’info avant elle. Elle lui indiquait juste de se rendre au plus vite dans la courette du Musée si elle voulait avoir une nouvelle surprise… Arrivée tout essoufflée sur place, elle est prudemment restée derrière les bandes jaunes posées par la police pour apostropher Tabazan.

« Vos dires ? Vos délires, plutôt ! Eh bien, ça me coûte mes nerfs, voyez-vous ! » répond Tabazan, exaspéré. « L’enquête est déjà bien assez compliquée sans que je doive encore subir vos sornettes par-dessus le marché ! De l’hypnose ! Non mais… de l’hypnose ! Et le pendule, ça a donné quoi ? Vous ne pouvez pas laisser ce pauvre Royaume tranquille ? »

« Loiseau, Inspecteur, Loiseau ! »

« Royaume, Loiseau, je m’en contrefiche de son nom ! Quelle importance, d’ailleurs ?! Vous allez me débarrasser le pavé, et fissa, schnell, presto ! Allez acheter votre marmite et cassez-la avec Loiseau, si ça vous chante ! Il en reste à la confiserie Arn ! Allez, ouste ! »

« Justement, vous êtes dans le vif du sujet, inspecteur », répond Miss Apfel avec un imperturbable sourire. « Je vous demande humblement d’aller vérifier si ce qui est reproduit sur la panse des marmites d’Escalade se trouve également sur la main de votre cadavre… vous aurez peut-être une vraie surprise ! »

Mais Tabazan n’écoute plus son emmerdeuse attitrée ! Il lui tourne le dos, la laissant derrière les bandes jaunes tendues à travers la courette du Musée. Il retourne sur la scène de crime, ou plutôt la mise en scène de crime. Il se penche vers la brouette. Il regarde derrière son épaule, pour vérifier que le pot de colle est bien parti. Mais Miss Apfel est toujours là. Alors, Tabazan soupire puis, comme un voleur qui ne veut pas être pris en flagrant délit (manquerait plus qu’on dise de lui qu’il suit le conseil des petites vieilles), il retourne la main droite du cadavre…

« Alors, qui avait raison, Inspecteur ? » lance la voix triomphale de la fouineuse, venue le rejoindre de l’autre côté du périmètre de sécurité. « Ce sont bien l’aigle et la clé, dessinés sur sa main ? Vous devriez consulter mon amie Tatiana ! Elle a un vrai talent de voyante, vous savez. »

« Non, mais c’est pas vrai, je n’ai pas été clair ? Ou alors vous ne parlez pas français ? Vous parlez quelle langue, le patois genevois ? » éructe encore l’inspecteur, furieux d’avoir été surpris par l’emmerdeuse.

D’un ton triomphateur, Miss Apfel poursuit sans se laisser démonter, en désignant du doigt l’étui en équilibre contre la brouette :

« Et dans cet étui, vous trouverez une trompette ! Si-si, ouvrez, soyez beau joueur, Inspecteur. »

Après une hésitation, Tabazan se rend, en secouant la tête.

Il ouvre l’étui : une trompette lustrée rutile dans la pâle lumière de décembre.

Sans dire un mot, il referme l’étui.

« C’est ça, emmenez-la au labo. Vos techniciens trouveront bien quelque chose d’intéressant… » s’empresse de commenter sa tortionnaire. « Mais n’oubliez pas d’en vérifier l’embouchure ou le pavillon ! À mon avis, ils doivent être encombrés par quelque chose… »

« Encombrés ? » fait Tabazan, intrigué malgré lui, ne se rendant pas compte que sa question est le signe qu’il se résigne à collaborer avec le pire fléau des scènes de crime.

D’un ton énigmatique, savourant cet aveu tacite, Miss Apfel lui répond par cette question :

« Vous lisiez des bandes dessinées, quand vous étiez enfant ? Vous vous rappelez les maquettes de la Licorne, dans l’album de Tintin qui raconte le secret de ce mystérieux bateau ? »

Olivier May

La suite arrive vendredi prochain, à 17h !

Et pour retrouver tous les épisodes, c’est par LÀ !

Tu n’as pas froid aux yeux et tu veux nous rejoindre ? N’hésite pas à nous envoyer un petit mot et toutes les informations pour ta prochaine enquête littéraire suivront…

Photo : © moritz320

Une réflexion sur “Et la Marmite se brisa : épisode 18

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code