Kleist oder ein Trainingsraum zu mehr Besinnung

Zwei Seelen wohnen, ach! in meiner Brust. Ancêtres de-ci, cousins et cousines de-là, et vous au milieu. À votre source s’abreuvent de multiples origines… plutôt méconnues, non ? Parce qu’il y a surement une présence germanique dans votre arbre généalogique, La Pépinière fusionne deux grandes régions linguistiques suisses et vous propose des articles culturels pour une (re)découverte de l’allemand.

Matière à la fois première pour d’aucunes et d’aucuns, et principale pour toutes et tous, Vous trouverez ici de quoi terminer la phrase : Pour moi l’allemand, c’est … et c’est à vous de jouer, dans les deux langues ! (Et qu’on ne se préoccupe pas des fautes !) Illustrez votre coup de cœur, parlez-nous d’un Renner, Knaller oder Kleinod, les pieds en éventail, confortablement posés sur le fauteuil d’Oma & Opa.

Notre pigeon de la Pépinière tient à son perchoir, mais non le crachoir !

Kleist oder ein Trainingsraum zu mehr Besinnung

« In M…, (…) ließ die verwitwete Marquise von O…, (…) durch die Zeitungen bekannt machen: daß sie, ohne ihr Wissen, in andre Umstände gekommen sei, daß der Vater zu dem Kinde, das sie gebären würde, sich melden solle“ (La Marquise d’O…, S.7.)

« La marquise d’O… étant, à son insu, devenue enceinte, le père de l’enfant qu’elle mettra au monde est invité à se déclarer ; des considérations de famille ont décidé la marquise à l’épouser, quel qu’il soit.»

Warum Kleist?

Ein blaues Cover, gefühlt aus der Barockzeit stammend, steht auf meinem Regal – sieht wie ganz preziöse Beluga-Linsen aus, dessen Kochen nur einem 4-Stern Koch anvertraut werden! Mir war vor dem Band Kleists auf dem Regal ganz klar bange. Ihn im Original zu lesen… und schon runzelte ich die Stirn. Pausenlose Sätze und sein Hang zu selbstzerstörerischen Charakteren, auf die oft kein schönes Schicksal wartet, liessen mir die Lektüre als eine Herkulesarbeit erscheinen.

Ich verbrachte einige Stunden auf der Jagd seiner Verehrer und dabei stiess ich auf eine Frage an Prof. Peter-André Alt, die mir gefiel: Wären Sie gern mit Kleist befreundet, wenn er noch lebte? Auf keinen Fall. Er war launisch, unberechenbar, hochfahrend, fordernd, undurchsichtig, unsicher und hybrid zugleich. Den lese ich lieber.[1]                                                                                                                        Tja…! Und so wollte ich, dass das Lesen Vergnügen bereitete. Einen Anruf an die Hobby-Zeichnerin Anne Pélissier, die dem Ganzen ein bisschen Farben bringt, hilft mir dabei zudem.

Kurz gesagt: Liest man Kleist, so wird man sich bewusst, dass man das Leben mit seinen Konflikten nicht zu Ernst nehmen und den eigenen Stolz auch einmal beiseitelassen sollte. Tatsächlich gelingt es dem Autor die brutalsten Ereignisse leicht und lustig daherkommen –  sie dabei aber noch klarer ans Tageslicht treten zu lassen. Wie geht das? Kleist verwendet eine sehr distanzierte und kalte Sprache, welche in Wirklichkeit hochdramatische, emotionale Situationen seziert: Krieg, Explosion, Trennung. Er vermeidet es, eine direkte Sprache zu verwenden, tendiert eher über unendliche Umwege und Bilder, plötzlich zu einem Formel-I-Satz zu gelangen und so befindet man sich vor der tatsächlichen Tat. Dabei lässt er die Spannung hochkochen, bis zur erlösenden Explosion. Also bitte ganz langsam lesen… Dazu muss man noch betonen, wie er aus jedem Ereignis ein Phänomen macht, das oft für alle – inklusiv die Figuren – unbegreiflich ist. Der Autor konfrontiert seine Figuren mit dem Erlebten, worauf sie aber reagieren, als ob sie es gar nicht erwartet hätten. Sie scheinen weder empört noch ungeduldig zu sein. Die Welt steht still und es sieht so aus, als hätte sie nur für sie angehalten. Sie werden wie in einem Standbild beschrieben und müssen für sich selbst eine Lösung finden. Und dieser Kontrast gefiel mir auch in der Novelle besonders. Wer kann noch denken, dass man in besonderen Situationen rein zufällig gelandet ist? Wir alle weisen diesen Zwiespalt auf. Wenn Figuren dabei erwischt werden, sich aus der Patsche ziehen zu müssen, wird letztlich starker Humor erzeugt! Ob es auch 1976 im Rohmers Film La marquise d’O… funktioniert? Sie entscheiden.

Etwas länger gesagt…:

Plongée dans la nouvelle de La Marquise d’O…, ce petit rire des personnes pompettes, pouffant pour un oui ou pour un non, s’empare de moi sans relâche, au grand malheur d’ailleurs de mes co-trameurs & co-trameuses jusqu’au terminus.

Nous sommes en ces temps agités de l’Europe révolutionnaire, lorsque la nouvelle de Kleist parait dans le magazine littéraire Phöbus, en 1808. Des soldats tentent alors de s’emparer d’une place forte en Lombardie et sont à deux doigts de porter atteinte à la Marquise, lorsque la voici – bien sûr – sauvée de justesse par un officier russe. Tandis qu’elle perd connaissance, les lecteurs perdent l’occasion de connaître ce qui se sera alors vraiment déroulé à ce moment héroïque, illustré par un simple trait d’union ou tiret quadratin. L’un des plus fameux de la littérature allemande – et je l’ai d’abord loupé. Ach !

Des jours plus tard, la Marquise d’O… connaîtra des tribulations pour le moins fort désagréables… La réaction de son père, dubitatif quant au ventre toujours plus rond de sa fille, se veut courte : elle sera mise au ban de la famille, sans même être tancée par son paternel. Ici débute une nouvelle histoire d’une marquise à la pose altière, décidée à regagner le regard bienveillant de son géniteur – mais pas à n’importe quel prix.

No Drama, Lama

L’expression No Drama Lama ne cesse de virevolter aux bords de mes oreilles, à la manière d’un kobold[2] malicieux tentant de se frayer un passage coûte que coûte dans un sous-bois interdit. Et elle correspond particulièrement bien aux personnages de cette brève nouvelle, prêts à en découdre avec leur destin avant de baisser les bras. Rappelons que le Drama Lama désigne un phénomène malheureusement très étendu, celui de s’épancher sans tenir compte de ses interlocuteurs – ce qui ne sera pas le cas ici, où le personnage central, pour sauver son honneur, décide de publier une annonce dans les journaux dans l’idée de retrouver le père de l’enfant et qu’il la rejoigne sans attendre ! L’officier russe aura beau être au rendez-vous, il devra convaincre Madame la mère de la Marquise, droite dans ses bottes, qui l’invite à une véritable confrontation avec la situation.

„[W]ir werden glauben, daß Sie ein Geist sind, bis Sie uns werden eröffnet haben, wie Sie aus dem Grabe, in welches man Sie zu P… gelegt hatte, erstanden sind.“ (La Marquise d’O…, S. 14.)

« En vérité, dit madame de Géri, nous croirons que vous êtes un esprit jusqu’à ce que vous nous ayez expliqué comment vous êtes sorti du tombeau dans lequel on a dû vous placer à Paris. »

On rit jaune mais on rit quand même

Madame la mère saura lutter contre l’iniquité de cette exclusion familiale (je ne vous en dis pas plus !) et illustre avec brio une réaction exemplaire dans une situation semblable à celle de la chute d’Adam et Ève. D’ailleurs, elle ne cesse de chercher des solutions pour remédier au malheur de sa fille – jusqu’à se moquer indirectement des vils instincts d’un éventuel bas peuple en imaginant la situation suivante :

„Nun denn, versetzte die Mutter, es ist Leopardo, der Jäger, den sich der Vater jüngst aus Tirol verschrieb, und den ich, wenn du ihn wahrnahmst, schon mitgebracht habe, um ihn dir als Bräutigam vorzustellen.“ S. 40-41.

« — Eh bien ! reprit sa mère, c’est Léopardo, le chasseur que ton père fit venir tout jeune du Tyrol. Je l’ai amené pour te le présenter comme ton fiancé, si tu le reconnais. »

Le jardinier, associé au nom d’un animal est habilement choisi et provoque un léger rictus.

On conviendra que le texte est plus riche – en termes d’humour décalé – en allemand, lorsqu’on lit l’impossible départ du comte russe pour Naples. Celui-ci, peut-être rongé par le repentir d’avoir été (trop vite et brusquement) conquis par la marquise, piétine tel un étalon fermement attaché.

« Der Graf sass einen Augenblick, und schien zu suchen, was er zu tun habe. (… )Worauf er noch, den Stuhl in der Hand, an der Wand stehend, einen Augenblick verharrte, und den Kommandanten ansah. (…) Man sah ihn bei diesen Worten sich entfärben, der Mutter ehrerbietig die Hand küssen, sich gegen die Übrigen verneigen und sich entfernen. (S. 17. 19 Zeilen!)

« Le comte resta un instant sans répondre ; il semblait incertain sur ce qu’il devait faire. (…) Tenant encore la main appuyée sur le dossier de sa chaise, il regarda le commandant, attendant sa réponse avec une vive anxiété. (…) Ces paroles produisirent un effet rapide sur les traits du comte, qui s’animèrent d’une vive rougeur. Il s’inclina pour baiser respectueusement la main de madame de Géri, salua le reste de la société, et se retira. »

Et personne n’échappera à la plume acérée et critique de Kleist, ni le père colonel à l’échec éclatant, ni la marquise célibataire, ni le comte au sentiment de culpabilité – mais c’est une plume – et elles sont rares – qui chatouille jusqu’au rire.

Laure-Elie Hoegen

Repères temporels : Kleist, poète tragique et reconnu, aura seulement vécu 34 ans à la fin du 18e et au début du 19e siècle. Contemporain du poète Hölderlin.

Références : 

Texte enregistré le 9 juillet 2014 lors du Festival d’Avignon, adapté par Stéphane Michaka.

Heinrich von Kleist, Die Marquise von O… in: Ders.: Das Erdbeben in Chili und andere Erzählungen, 43 Seiten, Fischer Klassik, 2009.

La Marquise d’O…, Eric Rohmer, 110 Minutes (sorti le 15 septembre 1976)

Photo : © Dessins d’Anne Pélissier

[1] Prof. Peter-André Alt, vom 3.Juni 2010 bis zum 6.Juli 2018: Präsident der Freien Universität Berlin; Seit 1.8.2018 Präsident der Hochschulrektorenkonferenz (HRK). < https://www.heinrich-von-kleist.org/ueber-heinrich-von-kleist/11-fragen-zu-kleist/prof-peter-andre-alt/>

[2] Le Kobold est une figure familière des légendes allemandes. À la fois esprit protecteur de la maison, dévoué et prêt à s’occuper des tâches domestiques incognito, il peut également se révéler malin et malfaisant, causer des accidents sans raison aucune.

Laure-Elie Hoegen

Nourrir l’imaginaire comme s’il était toujours avide de détours, de retournements, de connaissances. Voici ce qui nourrit Laure-Elie parallèlement à son parcours partagé entre germanistique, dramaturgie et pédagogie. Vite, croisons-nous et causons!

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