L’écriture qui pousse #9 : Charles est de passage

Bienvenue dans L’écriture qui pousse ! Aujourd’hui, vous allez découvrir un des textes produits dans le cadre de nos défis littéraires. Le défi du mois de mai 2021 portait le titre suivant : le club des 5. L’idée ? Placer 5 mots improbables – à savoir : ornithorynque, lampadaire, cactus, dromadaire et catastrophe.

C’est Laure-Elie Hoegen qui s’y colle, avec un personnage à la croisée des chemins… Bonne lecture !

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Charles est de passage

Le lampadaire avait montré la direction. Charles hésitait entre la rue Saint André et celle du Nord, il était désorienté, marchant comme un fou à travers la ville crépusculaire. Tandis qu’il avançait, tel un dératé – oui ! Un coup de vent dans sa parka et son visage s’empourprait, de rage –, brisant l’obscurité avec les bruits de sa canne, il leva les yeux vers une fenêtre éclairée. Cette vision était époustouflante. Une collection de cactus était recouverte d’une vapeur d’eau qui, délicatement, reflétait la lumière artificielle de l’extérieur. Comment certaines personnes s’occupaient de façon arbitraire, mais juste, de la beauté des rues ? Cette faculté d’animer le quartier l’émut. Tout de même, l’on pensait encore aux autres dans cet entrelacs de raisonnements efficaces, tous endormis à l’heure qu’il était.

Oui, l’on restait étonné, tout autant d’ailleurs qu’il fallait admettre que le dromadaire est un fin coureur, que l’ornithorynque pond des œufs, entravant par là la règle d’or des mammifères. Lui aussi, de façon arbitraire, tiens donc.

Charles se perdait dans des réflexions – pour le dire – inutiles, comme pour éviter l’inéluctable confrontation avec la catastrophe qui venait à poindre. Même l’intellectualisation de la ville ne l’empêcherait d’éclater puisque c’était décidé.

Il avait été décidé, en haut, en bas, par monts et champs dévastés, qu’il perdrait mère et travail avant le début de semaine. Et pour ce jeune adulescent, quand bien même l’heure était tardive, il était beaucoup trop tôt pour vivre ce basculement.

Laure-Elie Hoegen

Photo : © Hanway Films

Retrouvez tous les textes publiés dans le cadre
de nos défis « l’écriture qui pousse »
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Laure-Elie Hoegen

Laure-Elie H. souhaite contempler, observer puis archiver et causer de la vie des scènes romandes. Voici ce qui la nourrit parallèlement à son parcours partagé entre germanistique, dramaturgie et pédagogie. Vite, elle vous attend au café des Planches ou pour une lecture inattendue !

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