Pastiche : « … au s’cours ! »

Depuis plusieurs années, le Département de langue et littérature françaises modernes de l’Université de Genève propose à ses étudiantes et étudiants un Atelier d’écriture, à suivre dans le cadre du cursus d’études. Le but ? Explorer des facettes de l’écrit en dehors des sentiers battus du monde académique : entre exercices imposés et créations libres, il s’agit de fourbir sa plume et de trouver sa propre voie, son propre style !

La Pépinière vous propre un florilège de ces textes, qui témoignent d’une vitalité créatrice hors du commun. Qu’on se le dise : les autrices et auteurs ont des choses à raconter… souvent là où on ne les attend pas !

Aujourd’hui, Garance Kernen vous propose un pastiche. Sa mission ? S’inspirer de l’incipit de Biffures, La règle du jeu I, de Michel Leiris. À vous de plonger dans ce texte ! Bonne lecture !

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« … au s’cours ! »

Dans les eaux troubles du bassin (baignoire ? océan ? surface calme accordée aux nuances des catelles ou bien profondeurs secouées par les rires, où chaque bulle de savon inspire de nouveaux jeux, métamorphoses, glissades, véritable espace de transformation dont j’étais friande, y projetant mes rêves d’enfant, tel un terrain de liberté pour tous les personnages que je portais en moi et qui ne pouvaient alors s’exprimer nulle part ailleurs ? étendue bleue, immensité à la densité presque palpable, piquetée par l’écume des lointaines vagues, dans lesquelles je m’amusais, quelquefois, à me jeter, quand le temps béni des vacances était venu ?) dans les eaux agitées – et intarissables – du bassin (brûlantes ou rafraîchissantes, quotidiennes ou exceptionnelles, propices à toutes sortes de gesticulations ou à des mouvements plus prudents), dans la baignoire ou l’océan, dans la vapeur ou l’air salé (suivant qu’il s’agissait ou non de cette masse d’eau particulière dont la chaleur enveloppe ceux qui s’y introduisent, souvent à reculons, d’une brume rassurante), dans cet espace intime, préservé des regards intrusifs par des vitres opaques – royaume des enfants comme des jouets en plastique coloré – ou dans cette nature sauvage qui accueillait toute la famille le temps d’une traversée en engin gonflable, le canot avait coulé.

Garance Kernen

Ce texte est tiré de la volée 2021-2022, animée par Magali Bossi et Natacha Allet.
Retrouvez tous les textes issus de cet atelier ICI.

Photo : © MartinStr

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