S’en sortir sans sortir : Le confinement dans ma tête

Depuis plusieurs années, le Département de langue et littérature françaises modernes de l’Université de Genève propose à ses étudiantes et étudiants un Atelier d’écriture, à suivre dans le cadre du cursus d’études. Le but ? Explorer des facettes de l’écrit en dehors des sentiers battus du monde académique : entre exercices imposés et créations libres, il s’agit de fourbir sa plume et de trouver sa propre voie, son propre style !

La Pépinière vous propose un florilège de ces textes, qui témoignent d’une vitalité créatrice hors du commun. Qu’on se le dise : les autrices et auteurs ont des choses à raconter… souvent là où on ne les attend pas !

Le confinement a été une période particulièrement stressante – mais étonnamment riche en inspiration. Autour de la question « comment s’en sortir sans sortir ? », Giada Cantamessi vous propose sa vision personnelle de la situation… en vers et avec mode d’emploi, s’il vous plait !

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Le confinement dans ma tête

Comment s’en sortir sans sortir ? Comme un fond sonore familier, c’étaient les voix à la télé et à la radio qui nous poussaient à chercher des réponses. Quand on nous avait annoncé qu’on n’avait plus le droit de sortir, ces voix qui nous accompagnaient dans notre quotidien semblaient les seules à garder un air de normalité à la maison. Heureusement, elles pouvaient toujours entrer chez nous : on les écoutait, insouciants, pendant qu’on jouait dans la cuisine ou qu’on lisait sur le canapé.

Apparemment, selon elles, chanter, c’était une bonne idée. C’est ce qu’on faisait. Ensemble, le soir, quelqu’un prenait la guitare et on commençait à chanter. Aux voix externes de la journée on substituait, le soir, notre voix.

Comment s’en sortir sans sortir ? Elle me demandait. Elle commençait à sentir les murs de la maison qui se rapprochaient trop d’elle. Le besoin de sortir se faisait de plus en plus insupportable. Comme ça, elle a commencé à écrire. La musique qui venait de sa chambre avait disparu et des livres qu’elle abandonnait dans la maison (à moitié lus), il n’y avait plus aucune trace. Dans un petit carnet qu’elle avait oublié un soir sur la table, j’ai trouvé le début d’une histoire captivante. Je la voyais assise dans sa chambre. Son imagination s’échappait par la fenêtre ouverte et allait vivre des aventures mystérieuses lointaines dans le temps et l’espace. À la porte, là où elle-même était physiquement bloquée, sa fantaisie pouvait partir en mission et revenir avec des contes tellement réels qu’elle avait l’impression d’en avoir été la vraie protagoniste. Simplement, toute frontière disparaissait et il n’y avait aucun lieu qu’elle ne pouvait rejoindre.

Comment s’en sortir sans sortir ? En même temps que je cherchais des réponses satisfaisantes, il y avait quelque chose dans ma tête qui m’empêchait de réfléchir. C’était comme si l’enfermement forcé ne laissait même plus sortir les idées. J’ai réalisé bientôt que je devais m’adapter à une nouvelle conception du temps et de l’espace. J’ai donc cherché une routine pour scander mes journées et me motiver à réagir. Tout à coup je n’avais plus l’excuse classique « Je n’ai pas le temps » ; je pouvais faire tout ce que j’avais trop souvent reporté à un moment indéfini. C’était génial, au début, de retrouver ma vieille guitare (légèrement recouverte de poussière), de prendre un livre du tas qui devenait de plus en plus haut, ou d’expérimenter des nouvelles recettes en cuisine… mais bientôt, tout cela n’était plus suffisant. Je pense que j’ai compris, encore plus clairement, que le seul moteur qui permet d’avancer, c’est le futur et l’espoir qu’il porte avec soi. J’ai alors tout de suite commencé à imaginer et organiser ce que j’allais pouvoir faire dès que le confinement serait terminé.

Maintenant, dans ma tête, il y a une lutte entre mon présent et mon futur : je ne sais pas qui va gagner, mais je sais pour qui je suis. Parce que pour s’en sortir, il faut avoir, quelque part, la certitude que tout présent est passager et que, bientôt, tout cela sera fini et retournera à la normalité. C’est donc cette conviction qui, pour l’instant, me permet de m’en sortir sans sortir.

Giada Cantamessi

Ce texte est tiré de la volée 2019-2020, animée par Éléonore Devevey.
Retrouvez tous les textes issus de cet atelier ICI.

Photo : © Free-Photos

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