Un bel anniversaire à la campagne
Ce week-end avait lieu la cinquième édition de Théâtre en campagne. Comme d’habitude, l’ambiance était détendue, familiale et toujours joviale. On a pu y voir une belle programmation, entre humour et émotions. Petit retour sur ces propositions presque estivales.
Le temps était au beau fixe, accompagné d’une légère brise, en ce week-end du 6 au 8 juin. Idéal, donc, pour passer un peu de temps à Presinge, où Charlotte Chabbey et Carole Schafroth organisaient, pour la cinquième fois, le festival Théâtre en campagne. Tout a débuté vendredi avec la soirée de bienvenue, durant laquelle elles ont malheureusement annoncé – et c’est devenu monnaie courante dans les milieux culturels – que, malgré les nombreux soutiens, pour la première fois, elles risquaient de ne pas pouvoir tenir les budgets. Espérons qu’avec le public au rendez-vous, les nouvelles pourront être meilleures ! Car ce festival accueille des spectacles de qualité, dans un cadre idyllique, et les retours des spectateur/trices sont toujours formidables.
Variété et paternité
La soirée du vendredi accueillait donc Robert Sandoz – accompagné sur scène d’Adrien Gygax et d’Yvette Théraulaz – pour son spectacle autofictionnel Mon père est une chanson de variété. Né d’un père inconnu, il s’imagine une figure paternelle d’après les musiques de son enfance : l’un des génériques de Goldorak, auquel il s’identifie ; des morceaux de Goldman, Dassin, Sardou, Sheller… Il se remémore des souvenirs avec sa mère, qui change chaque fois de version sur son paternel, si bien qu’il est un peu perdu. Mais au fond, veut-il vraiment connaître la vérité, au risque d’être déçu ? Avec les chansons, il peut fantasmer ce qu’il aimerait avoir, sans aucun risque. Dans ce spectacle, on passe par beaucoup d’émotions : on rit beaucoup, notamment grâce aux interactions complices et contradictoires entre Robert et Adrien ; on est aussi touché-e par la thématique et les émotions dégagées par certains morceaux. Le public participe, chantant lors des moments dédiés à un karaoké géant, dansant quand Robert raconte la soirée en boîte où sa mère aurait peut-être rencontré son père… un joli moment, festif, nostalgique et plein d’humour, pour ouvrir le festival !
Les enfants à l’honneur
Nous n’avons bien sûr pas pu assister à tous les spectacles, tant les propositions sont variées. Le samedi, toutefois, gros coup de cœur avec Chaussette ! Adressé aux enfants dès 6 ans, ce spectacle raconte l’épopée de Josette, chaussette en coton bio – non, ce n’est pas une hippie islamo-gauchiste, malgré ce qu’en pense Marie-Françoise, la chaussette en soie amoureuse de son reflet – devenue orpheline de sa copine Ginette. Elle rencontrera donc Marie-Françoise, mais aussi Esther, la chaussette en polyester fan de foot et à l’odeur nauséabonde ; Mylène la chaussette en laine, qui s’endort, ronfle fort, et vit seule depuis longtemps, sa compagne ayant fini par s’effiler ; ou encore Nathan le gant, gardien de la porte du Royaume des chaussettes perdues, où règne la méchante Javel la cruelle ! Le spectacle est plein de jeux de mots, d’humour visuel, mais aussi de musique, de kazoo, de chaussettes bien sûr, de couleurs… Une joie pour petit-es et grand-es, qui s’en donnent à cœur joie. Un public totalement conquis, donc !
L’après-midi s’est poursuivie avec des boîtes. Oui, oui, des boîtes ! Un collectif d’artistes marionnettistes a repris un concept monté dans le cadre d’un stage de formation au TMG. Lambé Lambé, ce sont six formes courtes – trois minutes environ – pour une ou deux personnes, dans des boîtes. L’une ressemblait à une grosse noix, une autre nous invitait à plonger, alors qu’on en retrouvait encore une en forme de boîte d’anniversaire. Les compagnies présentes ont emmené petit-es et grand-es dans leur univers magique et féérique, casque sur les oreilles pour les plonger dans ce cadre totalement intimiste.
Nous avons ensuite dû partir, mais la soirée s’est terminée avec un seul-en-scène d’Antoine Courvoisier, auquel nous avions déjà assisté il y a quelques années. Le Discours, c’est « L’histoire d’un type qui foire », nous disait-on. Obnubilé par l’absence de réponse de celle qui l’a quitté 38 jours plus tôt et à qui il a écrit juste avant un repas de famille, il se perd dans sa tête. Un hilarant spectacle, mis en scène par Bastien Blanchard, où un homme ordinaire, mais décalé nous fait face. On y retrouve un peu de nous toutes et tous, dans des traits exacerbés, pour le déroulement d’un fil de pensée délicieux.
Le beau temps était donc au rendez-vous, le public aussi, pour des propositions variées, drôles et pleines d’émotions. On croise donc les doigts pour que ce festival perdure, en vue d’une sixième édition l’an prochain !
Fabien Imhof
https://www.theatreencampagne.ch/
Photo : ©Théâtre en campagne
