Une satire aussi hilarante que percutante

« Comme le suggère notre nom latin, Blattodea, nous sommes des créatures qui évitent la lumière. Nous comprenons et aimons l’obscurité. En des temps plus récents, au cours des deux cents derniers millénaires, nous avons vécu près des humains et découvert leur propre goût pour l’obscurité, à laquelle ils sont moins attachés que nous. Mais dès qu’elle prévaut chez eux, nous prospérons. » (p. 149)

Le Cafard est une nouvelle de Ian McEwan publiée en 2019. Comme l’affirme le romancier britannique dans sa préface, « avec le Brexit est entré dans notre vie politique quelque chose de laid et de profondément contraire à notre esprit » ; l’écrivain a donc choisi « de lui donner la forme d’un cafard, cette créature parmi les plus méprisées » (p. 16). En effet, ce texte relate les aventures de Jim Sams, un cafard qui se réveille dans le corps du Premier ministre anglais. Ce dernier se voit investi d’une mission qui pourrait bien bouleverser l’avenir du Royaume-Uni, celle de la mise en œuvre d’un nouveau système politico-monétaire : le Réversalisme, c’est-à-dire l’inversion du sens de la circulation de l’argent. Va-t-il y parvenir ? Est-il le seul infiltré ? Quelle sera la réaction de la communauté internationale ?

C’est donc un joli clin d’œil à la célèbre Métamorphose de Kafka que nous propose McEwan, tout en se positionnant dans la continuité de la satire politique britannique fondée par Jonathan Swift. Baignée d’humour noir et de sarcasme, cette fable de la société britannique actuelle est aussi divertissante que documentée. Grâce à une maîtrise du langage à la fois entomologique et économique qui contribue fortement à la cohérence du texte, c’est une plume aiguisée que nous offre l’auteur. Ian McEwan peint donc un monde de faux-semblants et figure les rouages impitoyables du pouvoir de manière totalement absurde.

Un ouvrage en quatre parties, raconté à la troisième personne et dont la première partie s’avère particulièrement intéressante sur le plan narratologique : en effet, elle alterne entre la perspective du protagoniste découvrant sa nouvelle forme humaine et ses derniers souvenirs en tant que nuisible. Une manière à la fois simple et ludique de poser l’intrigue et le décor de la nouvelle. Toutefois, une incohérence demeure. La métamorphose, qui est présentée de premier abord comme un simple accident, se révèle participer finalement d’un programme prémédité. Il n’en reste pas moins que cette parabole comique nous offre une halte cocasse face à une farce politique bien réelle.

Audrey Marume

Références : Ian McEwan, Le Cafard, trad. par France Camus-Pichon, Gallimard, 2019, 132p.

Photo : https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Hors-serie-Litterature/Le-cafard (couverture) et © Clker-Free-Vector-Images (banner)

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