Zoopoétique : Débordement

Depuis plusieurs années, le Département de langue et littérature françaises modernes de l’Université de Genève propose à ses étudiantes et étudiants un Atelier d’écriture, à suivre dans le cadre du cursus d’études. Le but ? Explorer des facettes de l’écrit en dehors des sentiers battus du monde académique : entre exercices imposés et créations libres, il s’agit de fourbir sa plume et de trouver sa propre voie, son propre style !

La Pépinière vous propre un florilège de ces textes, qui témoignent d’une vitalité créatrice hors du commun. Qu’on se le dise : les autrices et auteurs ont des choses à raconter… souvent là où on ne les attend pas !

Aujourd’hui, Victoria Brunner expérimente un exercice de zoopoétique. L’enjeu ? Se mettre à la place d’un animal… Cet exercice est inspiré de notre défi « L’écriture qui pousse » du mois de novembre 2021, consacré justement au règne animal. Saurez-vous trouvez qui est le narrateur ou la narratrice de cette histoire ? Bonne lecture !

* * *

Débordement

Avancer ; se cogner.
Reculer, avancer à nouveau ; se cogner.
L’eau devient solide à certains endroits. Se retourner, avancer ; se cogner.
L’espace semble s’arrêter à cette paroi invisible. Je sens des vibrations stridentes.
Au-delà, je distingue des formes, des couleurs. Le temps s’étiole inlassablement.
Aussi loin que je m’en souvienne j’ai toujours été bloqué dans cet espace invisible.
C’est une étendue morne, vide. Il n’y a rien ici ; pas une seule algue, pas un seul plancton.
Il y a cette lumière nébuleuse qui jamais ne s’éteint. La nuit ne semble jamais arriver.
J’aimerais tant pouvoir déplier mes nageoires. Mon corps inerte est si chétif.
Mes nageoires sont atrophiées, elles pendent sur mon corps inerte.
Et je me sens si seul. Se retourner et avancer ; se cogner.
Ici, je flotte ; je suffoque.
J’attends que la mort vienne me caresser.
Il n’y a plus d’en haut ni d’en bas, tout l’espace n’est qu’un cercle invisible.
Tourner en rond ; Le seul mouvement qu’il m’est possible de faire dans cet espace confiné.
Alors je tourne, je tourne. Jusqu’à ce qu’un jour je m’arrête. Je sais que ce jour-là arrivera.
Ce jour où finalement, mon corps flasque se cognera sans douleur contre les parois de mon
bocal.

 Victoria Brunner

Ce texte est tiré de la volée 2021-2022, animée par Magali Bossi et Natacha Allet.
Retrouvez tous les textes issus de cet atelier ICI.

Photo : © Hardyco

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