La Geste d’Avant le Temps : épisode 82

Votre salon est trop petit pour vos ambitions ?

Vous rêvez de parcourir des étendues sauvages, des citadelles élancées, de terrasser des dragons, de rencontrer des elfes, de mettre la main sur un trésor… ou d’embarquer sur un bateau pirate ? La Geste d’Avant le Temps est un récit participatif qui veut remédier à l’exiguïté de nos domiciles et rêver d’un autre monde.

La Pépinière a réuni des rédacteurs très différents : amateurs, confirmés, jeunes ou plus âgés, sages, originaux, déjantés, bagarreurs… Ensemble, ils vont vous emmener dans une quête épique, entre fantastique et science-fiction – sur les ailes de leurs imaginations !

Entre le feuilleton et le cadavre exquis, La Geste d’Avant le Temps vous accompagnera chaque jour dans un texte évolutif et des aventures palpitantes. Nous espérons ainsi vous changer les idées, en cette période confinée… Que faire à l’issue du projet ? Lecture publique ? Publication ? Performance ? Nous cherchons encore des idées !

Alors, vous nous suivez ? C’est parti ! Retrouvez le début du feuilleton ICI !

* * *

Épisode 82 : épilogue – quand tout finit…

Quelque part, dans un petit atelier d’horloger au cœur du Jura, Fernand raccroche le combiné. Il se tourne vers son cousin, avec un sourire satisfait :

« Je viens d’avoir Guillaume, au téléphone. Il appelait de Porto Rico – apparemment, ces derniers jours leur ont donné des sueurs froides, à l’observatoire d’Arecibo. »

Le cousin hausse un sourcil, occupé à nettoyer avec application une paire de lunettes noires, du genre de celle que ne dédaignent pas les services secrets des pays un tant soit peu portés sur les clichés :

« Hé bien ? Ne me dis pas que ça t’étonne ? »

Fernand se penche en arrière sur sa chaise. Devant lui, une pince, quelques outils – et la montre à gousset qu’il est en train de terminer. Il pense à Guillaume, son frangin, le dernier de la fratrie, le seul à n’avoir pas voulu devenir horloger parce qu’il voulait découvrir des extraterrestres en travaillant pour la N.A.S.A. – c’est ce qu’il disait, tout gamin déjà. S’il avait su… il aurait pu s’épargner toutes ces études universitaires…

« Non, ça ne m’étonne pas », lance Fernand. « Pour tout dire, après le dernier câble trans-galactique qu’on nous a envoyé, je m’y attendais même carrément. La situation devenait trop préoccupante… je suis même surpris que ça ne soit pas arrivé plus tôt. Rappelle-toi, il y a deux mois, les marchés interstellaires étaient saturés à cause de la recrudescence de Mange-Temps – pas moyen de mettre la main sur un sac de secondain en provenance de Rizator-III… et je parle même pas du minutain ou de l’heurge… »

« Juste », fait le cousin en chaussant à nouveau ses lunettes. Il chasse une poussière imaginaire sur son costume noir et regarde Fernand. « Et pour Arecibo, tu vas faire quoi ? Beckett et Gunter avaient des ordres précis, non ? Ne pas parler de ce qu’ils savaient. Ils ont mis Guillaume dans la confidence – et ça, ça pourrait tout ficher par terre. Imagine qu’il en parle ? Tu voudrais pas que j’aille… les délester d’une partie d’eux-mêmes à laquelle ils tiennent beaucoup, comme on s’était dit ? »

Fernand secoue la tête en reprenant sa pince. La montre à gousset inachevée est légère, dans sa main habile :

« Non, pas besoin. Guillaume, c’est la famille. Les extraterrestres, c’est un rêve de gosse pour lui – au téléphone, il ne m’a rien révélé. À mon avis, il se rend compte que l’aventure est suffisamment folle pour que personne ne le croie, s’il en parle. Quant à Beckett et Gunter, ils sont assez trouillards pour ne rien dire. Non, non. Je causerai à Guillaume entre quatre yeux, la prochaine fois qu’il revient sur le plancher des vaches. T’inquiète pas, il sera muet comme une tombe. Et au moins, en cas de nouveau problème, on aura un type bien informé à l’observatoire. »

« Tu crois qu’il y aura une nouvelle alerte ? »

« Pas avant un moment. Mais au cas où, on sera prêt. »

Il y a un silence. Puis le cousin rajuste sa cravate noire et ouvre la porte :

« Bon, si tu es si sûr de toi – c’est toi le patron, Fernand. Finis ton travail : je m’occupe de réceptionner les sacs de secondain. Tu me diras aussi quand sera prête la dernière livraison de montres à goussets. Les Gardiens en attendent vingt-cinq, mais avec toute cette histoire, il faudra sûrement leur dire qu’on aura du retard : le dernier dirigeable spatio-temporel aura un peu de retard, à ce que m’a écrit le capitaine. La perturbation de la Bulle locale interstellaire a déréglé tout le système et il paraît que le système d’aiguillages de la Gare était sens dessus dessous… heureusement qu’on doit pas activer un pulsa tous les jours ! »

Fernand acquiesce, concentré sur sa montre. La porte se referme sur le cousin, le laissant seul. Il se redresse, pince à la main et loupe contre l’œil.

« Ouais. Heureusement », murmure-t-il pour lui-même.

Devant lui, la montre dorée brille au soleil. Un petit sac de toile laisse s’échapper quelques grains qui, si on tend bien l’oreille, tique-taquent mélodieusement au rythme des battements d’un cœur. Il en saisit une et la loge avec précaution au cœur du mécanisme minuscule. Aussitôt, la montre s’enclenche. À l’intérieur du couvercle, il y a une minuscule inscription, toute en arrondis : Zirgouflex.

° ° °

L’astre Tempo brille, plus réconfortant que jamais.

Aujourd’hui est une belle journée. Angélus sort ses outils en sifflotant. Les champs sont calmes, se balançant au rythme des secondes, des minutes et des heures qui passent. La récolte sera sans doute magnifique, cette année. Hier, Euridy est venue prendre le thé et ils ont bavardé comme deux vieux compagnons. Il se demande où se trouve Nanji, si elle et les siens ont retrouvé la paix promise par Eien, au cœur de la Nébuleuse des Tornades. Il espère la revoir bientôt, ainsi qu’Hypérion et Elestra…

À ses côtés, la Boule picore des grains abandonnés par terre. Elle a une vraie passion pour le secondain. Il s’affaire un moment – quand, tout à coup, la Boule se met à caqueter. Ça lui arrive chaque matin, quand elle pond un œuf tout rond et tout chaud qu’Angélus n’a jamais osé manger. Mais aujourd’hui, c’est différent.

Sur le sol, devant la remise, il y a… une montre.

Angélus se penche, la ramasse. Il pense à Hypérion. C’est une montre à gousset, faite dans un métal étrange, qui semble osciller entre lumière et obscurité.

« C’est toi qui a pondu ça ? » demande Angélus, incrédule. La Boule répond à sa manière, de ses petits yeux au regard intelligent. Pas de doute. Angélus ouvre la montre. Sur le cadran les aiguilles tournent à l’envers. Tac-tic tac-tic tac-tic. Étrange. Il s’apprête à refermer la montre, mais un éclat rouge le fait sursauter.

Sous l’astre Tempo, l’air chaud sent brusquement la charogne. Et le marécage…

Magali Bossi

Photo : ©Alexas–Fotos

Merci de nous avoir suivis dans cette aventure !

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Un nouveau récit participatif débarque bientôt… Au programme ? Du polar, oui mais… du polar suisse !

Magali Bossi

Magali Bossi est née à la fin du millénaire passé - ce qui fait déjà un bout de temps. Elle aime le thé aux épices et les orages, déteste les endives et a une passion pour les petits bols japonais. Elle partage son temps entre une thèse de doctorat, un accordéon, un livre et beaucoup, beaucoup d’écriture.

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