Autoportrait : Lexique d’aide à la compréhension d’une pseudo-lettrée

Depuis plusieurs années, le Département de langue et littérature françaises modernes de l’Université de Genève propose à ses étudiantes et étudiants un Atelier d’écriture, à suivre dans le cadre du cursus d’études. Le but ? Explorer des facettes de l’écrit en dehors des sentiers battus du monde académique : entre exercices imposés et créations libres, il s’agit de fourbir sa plume et de trouver sa propre voie, son propre style !

La Pépinière vous propre un florilège de ces textes, qui témoignent d’une vitalité créatrice hors du commun. Qu’on se le dise : les autrices et auteurs ont des choses à raconter… souvent là où on ne les attend pas !

Aujourd’hui, nous vous proposons de faire connaissance avec une des participantes de cet Atelier. Lorie Raimondi vous embarque dans un « lexique d’aide à la compréhension », afin de mieux certains sa personnalité. Bonne lecture !

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Lexique d’aide à la compréhension d’une pseudo-lettrée – Raimondi

Debussy : Mon cœur bat la mesure de ses préludes.

Deux grandes oreilles, des yeux globuleux et une truffe humide : Qui aurait cru qu’un être à l’apparence si charmante aurait si mauvais caractère. Plus les années passent, plus tu deviens bilieux. Ah ! si tu pouvais cesser de japper à la moindre de tes contrariétés. Combien de fois faudra-il te le dire ? Tu ne peux pas empêcher le passage des gens devant la fenêtre ou les aboiements du chien de la voisine. Pourtant, petit coquin, il suffit de te regarder paisiblement dormir, emmitouflé dans ta couverture, afin de retrouver pour toi tout l’amour que tu mérites. Tout frêle, frileux et apeuré, quelle est ta perception du monde ? Entouré de géants que tu ne comprends pas, tu tentes de t’adapter dans une maison où la réalisation de tes moindres besoins dépend du bon vouloir de tes maîtres. Malgré ta petite taille, tu as toujours su te montrer vaillant et mets un point d’honneur à protéger ceux qui te sont chers. Alors, comment peut-on t’en vouloir longtemps ? Et comme il est triste de te voir vieillir ! Ta fourrure a pris une teinte poivre et sel, tes yeux sont devenus mats et tu as déjà perdu quelques dents… Allons, ne sois pas triste, quel plaisir de t’avoir comme compagnon de vie. Tu es le seul qui puisse si facilement égayer la morosité des jours qui passent. Il serait tout de même temps que tu t’assagisses. Mais ne t’en fais pas, quoi qu’il arrive, je te garde une place entre mes bras.

Et qu’en est-il de ce problème de procrastination ? : L’autrice a remis la rédaction de ce texte à plus tard…

Flâner : Paradoxalement, la flânerie est l’activité préférée de ceux qui n’ont pas de temps à lui consacrer. En dépit du stress que sa pratique peut parfois entraîner, ses adeptes prendront plaisir à traverser tous les recoins de la ville en faisant fi de leurs obligations pressantes. De plus, ils découvriront bien souvent avec étonnement une myriade de détails architecturaux ou urbains révélée à leurs yeux dans des rues pourtant traversées des milliers de fois.

Le moment de l’année que j’attends avec impatience : Chaque année, depuis que je suis toute petite, nous partons au même endroit pour nos vacances d’été. Même pays, même ville, même hôtel. Et ce que j’aime par-dessus quand nous arrivons, c’est revoir la mer. Comme les flots qui jettent incessamment leurs vagues sur le sable, je me promène inlassablement du côté gauche de la plage à son côté droit et prie pour que le temps passé là-bas se ralentisse et pour que celui passé ici s’accélère.

Le parfum des fleurs de lavande : Étrange comme cette odeur me remémore des souvenirs que je n’ai jamais vécus et me rend, de ce fait, moins sceptique au principe de réminiscence de Platon.

Les choses que je n’aimerais pas dans les pays que je voudrais visiter :

  • Au Japon :

– une pièce de théâtre kabuki jouée sur une journée entière

– une geisha dansant au rythme d’une musique stridente jouée par le koto d’une vieille dame à la voix nasillarde (ce mécontentement est sûrement dû à un choc culturel, il paraît que les Japonais ont beaucoup ri quand ils ont découvert notre ballet)

– l’estampe de Hokusaï représentant la Grande Vague de Kanagawa

– du thé matcha trop amer (où est donc cette fameuse saveur umami ?)

– des cerisiers qui ne sont pas en fleurs

  • En Inde :

– un film Bollywoodien de 5 heures sans les sous-titres

– une baignade dans le Gange

– la vue du Taj Mahal gâchée par une flopée de touristes

– la notion d’éveil spirituel (je l’associe inéluctablement aux tendances un peu ridicules du New Age)

– un vieux yogi rachitique (à moins qu’il soit accompagné de son sempiternel tapis de clous)

  • En Angleterre :

– un énième produit dérivé de la saga Harry Potter (je n’ai pas vu les films !)

– une barre de chocolat Calbury’s flake

– un bus londonien (pourquoi sont-ils toujours présents sur la couverture des manuels scolaires d’anglais ?)

– une représentation quelconque de la reine Élisabeth II

– une université plus belle que la mienne

  • En Italie :

– un Italien avec une gestuelle des mains très marquée

– entendre Lasciatemi cantare (petite, mes parents la passaient EN BOUCLE dans la voiture)

– une mauvaise pizza

– une Vespa (épargnez-moi surtout celles aux couleurs criardes)

– une sculpture en marbre dont les bras se sont cassés

Miroir : Objet devant lequel on ne peut pas s’empêcher de sourire. Son reflet ne produit pas l’effroi de celui des photos.

Quand les premières feuilles commencent à tomber : Que celui qui lit ces lignes ne s’inquiète pas : il ne s’agit pas d’un texte emphatique pour vanter les beautés de l’automne qu’il connait déjà très bien. Il s’agit de lui proposer une liste non exhaustive de caractéristiques de cette saison, afin de lui montrer qu’elle est la plus agréable. Tout d’abord, elle est appréciable pour la variété de ses couleurs. Et que l’on ne s’y méprenne pas, le printemps en propose certes une plus grande diversité, mais celles de l’automne sont plus harmonieuses. Puis, le soleil produit une chaleur réconfortante qui n’est pas celle étouffante de l’été. De plus, grâce à des températures modérées, la pluie n’est pas aussi désagréable qu’en hiver et laisse après son passage une plaisante senteur boisée. Pour finir, le jour se lève suffisamment tôt et le soir tombe suffisamment tard pour profiter d’une journée suffisamment longue. En somme, c’est une saison raisonnable.

Thé : Il est préférable aux boissons froides, car rien ne vaut la sensation agréable de poser sa main sur le haut de sa tasse en attendant qu’elle refroidisse assez pour la boire.

Lorie Raimondi

Ce texte est tiré de la volée 2021-2022, animée par Magali Bossi et Natacha Allet.
Retrouvez tous les textes issus de cet atelier
ICI.

Photo : © mirkostoedter

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