Contes : Le pêcheur et le poisson d’argent

Depuis plusieurs années, le Département de langue et littérature françaises modernes de l’Université de Genève propose à ses étudiantes et étudiants un Atelier d’écriture, à suivre dans le cadre du cursus d’études. Le but ? Explorer des facettes de l’écrit en dehors des sentiers battus du monde académique : entre exercices imposés et créations libres, il s’agit de fourbir sa plume et de trouver sa propre voie, son propre style !

La Pépinière vous propre un florilège de ces textes, qui témoignent d’une vitalité créatrice hors du commun. Qu’on se le dise : les autrices et auteurs ont des choses à raconter… souvent là où on ne les attend pas !

Aujourd’hui, c’est un conte rédigé par Valentina Poduti qui va vous faire voyager. En partenariat avec l’association Mondes Imaginaires, l’Atelier d’écriture s’est en effet penché sur les contes du monde entier… Bonne lecture !

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Le pêcheur et le poisson d’argent

Il était une fois un vieux pêcheur qui, tous les matins, lorsque l’aurore caressait les eaux du fleuve enchanté, se traînait sur sa petite barque afin de pêcher les plus beaux poissons pour sa femme adorée. Un jour qu’il somnolait, canne à la main, il fut brutalement réveillé par le tiraillement d’une grosse prise, pendue à son l’hameçon. En proie à la plus grande excitation, le pêcheur se précipita au bord de son embarcation et vit gigoter dans l’eau un magnifique poisson aux écailles argentées. Celui-ci, à bout de forces, s’adressa au vieillard en ces termes :

— Oh vieil homme, libère-moi et ta pitié se transformera en un vœu exaucé.

Hélas, indifférent à la souffrance de la bête et dominé par sa gourmandise, l’homme ne sut reconnaître l’opportunité d’une vie meilleure. Il ignora la demande du poisson et le sortit de l’eau afin de l’apporter à sa femme.

De retour à sa masure le vieillard et son épouse se remplirent la panse avec la succulente prise du jour. Le plaisir procuré par ce poisson si gras, si exquis, avait été d’une telle intensité que le pêcheur et sa femme furent bientôt plongés dans un profond sommeil profond, si profond qu’il fut impossible pour la vieille femme de se réveiller. Le lendemain, lorsque le pêcheur découvrit le corps de son épouse inanimé, il fut submergé par le chagrin. Décidé à ramener sa bien-aimée à la vie, il prit le large sur sa petite embarcation à la recherche d’une autre prise pouvant exaucer son vœu. Lorsque le vieillard captura à nouveau un poisson argenté, celui-ci s’exclama :

— Oh vieil homme, libère-moi et ta pitié se transformera en un vœu exaucé.

Désespéré, le vieillard libéra la créature et la supplia de ne plus jamais être séparé de sa femme. C’est alors que le poisson confia au pêcheur un métier à tisser, lui ordonnant d’entrelacer ses larmes à la trame de l’ouvrage, afin d’en faire un drap de taille égale à celle du fleuve. À peine le pêcheur eut-il le temps de saisir l’objet que le poisson disparut sans rien ajouter. C’est ainsi que le vieux erra sur les eaux sans fin en tissant et tissant sans cesse, ne cessant de pleurer sa femme qui habitait toute ses pensées jusqu’à la fin des temps.

Valentina Poduti

Ce texte est tiré de la volée 2021-2022, animée par Magali Bossi et Natacha Allet.
Retrouvez tous les textes issus de cet atelier ICI.

Photo : © CDD20

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