Du jardin au balcon : épisode 27

C’est le printemps ! Des jardins aux balcons, la belle saison est là… mais, quand on est enfermé.e.s à l’intérieur, difficile d’en profiter.

Du jardin au balcon est un projet d’écriture participative qui veut remédier à cette situation. La Pépinière a réuni des rédacteurs très différents – amateurs, confirmés, loufoques, sérieux, timides ou exubérants. Un seul mot d’ordre : faire vivre le printemps, en observant ce qui est là – de l’autre côté de la fenêtre, sous le balcon, dans le jardin.

Entre le feuilleton et le cadavre exquis, Du jardin au balcon vous accompagnera chaque jour dans un texte évolutif et des aventures rocambolesques. À l’issue du projet, nous aimerions envoyer gracieusement le texte ainsi produit aux EMS du canton, afin d’apporter à leurs pensionnaires un peu de printemps, en cette période troublée.

Alors, vous nous suivez ? C’est parti !

Retrouvez le début du feuilleton ICI !

* * *

Épisode 27 : l’horloger de la Schwarzwald

Pour le monde extérieur, l’horloger est semblable à ce que les montres représentent, somme toute, pour lui : un entrelacs de mécanismes complexes, un mélange d’effroi et de passion.

Heureusement, Aglaë ne manque pas d’air quand il faut franchir, sans flancher, une entrée interdite ! Quoique cette fois, affronter un homme presque inconnu et l’accuser d’un tort moral (celui de détourner n’importe quel quidam du droit chemin par son TOC-TOC-TOC incessant !) provoque un éclat soudain de perles de sueur sur son joli front… Ça ne va pas être de tout repos !

Arrivés à la porte de la boutique, les trois amis s’arrêtent net. Comment aborder la chose ? Entrer tout de go et poser directement des questions à l’horloger ? La jouer finaude et avoir l’air de ne pas y toucher ? Face à ce dilemme, Aglaë se casse la nénette :

« Comment, non mais !… comment faire parler le vieux bougre ? »

Kiri, accroché à son épaule, a un piaillement impuissant. Dans le quartier, on raconte que la boutique de l’horloger sent la forêt : tout est cafardeux et lugubre, là-bas dedans… à se demander s’il voit vraiment les aiguilles de ses montres ou s’ils leur jouent des tours à tous.  Aglaë hume tout à coup l’air ambiant, considère la porte de la boutique… et Skipy devine ses pensées :

« J’en connais tout un chapitre, moi, sur l’Ancien. Il est du Nord, de la Schwarzwald. De là où viennent les fameux coucous », explique l’adolescent.

Elle est peut-être là, la solution ! L’origine de l’horloger… l’origine du bruit ! Le bâton qui toque et qui rythme le temps ! Aglaë a suffisamment d’eau à son moulin pour pouvoir agir. Pendant que Sidoine fait le guet dans la rue, elle tire Skipy d’un coup vif et pousse la vieille porte. S’en suit un tintamarre à faire décrocher les oreilles… et Kiri, qui manque de prendre un coup de coucou sur le bec… l’entrée discrète est pour le moins ratée.

L’horloger est là, derrière son comptoir : moins immense que l’ogre, mais pas de doute ! C’est bien le même bonhomme qui ne sourit jamais.

« Euh… bien le bonjour, Monsieur ! » ose Aglaë, tout de suite accoudée au comptoir du vieil homme.

« Aoutch !!! » hurle Skipy, qui vient d’appuyer sa main sur un cadran cassé qui traînait par là. « C’est pire qu’une cave ici ! On décampe ou quoi ?! »

« Vous n’avez pas l’air de trop sortir de chez vous. On dirait que vous n’aimez pas le monde extérieur », hasarde Aglaë en s’adressant à l’horloger (qui grogne). « Vous ne voulez plus rien voir, Monsieur ? » s’hasarde la jeune femme, très poète ce jour-là.

« J’ai déjà trop vu, avant d’arriver là », marmonne l’Ancien.

Skipy furète, s’occupe, tandis qu’Aglaë poursuit son interrogatoire.

« Dites, Monsieur, ce bâton, là, à quoi vous sert-il dans votre métier ? »

L’Ancien fronce les sourcils et répond sans attendre :

 « Meine Erinnerung. La seule chose qui me reste du pays, fichtre ! Rien à voir avec mes montres, mon gaillard ! »

« Vous n’avez pas l’air d’avoir eu une vie facile… » reprend Aglaë. « Voir, sans être perçu, Monsieur – c’est juste ? »

Le redoutable se prête alors au jeu des questions et l’aigreur disparait de son visage. Il y a en effet bien longtemps que l’on ne s’adresse plus à lui en tant que personne, mais seulement à l’horloger – à un vendeur.

« Ni perçu, ni percé. Des portes toujours fermées. Quelques ombres dans les judas. Mais personne n’avait le temps », mâchouille-t-il rapidement.

« Le temps de … ? » continue Aglaë.

« … et mon commerce de porte à porte allait de mal en pis, jour après jour. Que d’argent gâché. Que de solitude, bon sang ! J’ai dû abandonner et partir, avec comme seul souvenir ce piètre bâton. Son beau TOC-TOC, quand il frappait le sol, est comme un mot d’amour. »

Skippy et Aglaë sont toute ouïe, accrochés à ses mots. Skippy décoche un regard à Aglaë, puis murmure très discrètement à son oreille :

« Le bâton, Aglaë, prends-le et partons !!! »

Mais l’Ancien reprend…

« Alors, j’ai pensé à une vengeance, comme ces histoires sombres de mon pays. »

Laure-Elie Hoegen

La suite, c’est par ICI !

Et pour retrouver tous les épisodes, c’est par LÀ !

Photo : © Fabien Imhof

Laure-Elie Hoegen

Nourrir l’imaginaire comme s’il était toujours avide de détours, de retournements, de connaissances. Voici ce qui nourrit Laure-Elie parallèlement à son parcours partagé entre germanistique, dramaturgie et pédagogie. Vite, croisons-nous et causons!

Une réflexion sur “Du jardin au balcon : épisode 27

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*

code