En 2021, pour les théâtres genevois, ça commence !

Le moment était sans doute historique, mardi 31 août : une trentaine de représentants des théâtres, festivals et institutions culturelles de Genève se sont retrouvés à la Comédie de Genève, face à la presse, pour une réunion commune. Avec un mot d’ordre après deux années si compliquées : « ça commence ! »

Après avoir accueillis les membres de la presse venus nombreux, Denis Maillefer, co-directeur de la Comédie, a laissé la parole à ses comparses venus représenter chacun·e une institution du canton. Entre présentations brèves de la saison, mises en avant d’un temps fort, accent sur la politique du lieu ou encore paroles engagées, les discours ont été variés, pour inciter tout un chacun à circuler entre les théâtres et « être infidèle » à son endroit favori, afin de découvrir autre chose.

Réinvestir les lieux

Plusieurs théâtres ont ainsi montré leur envie de réinvestir Genève et ses environs. C’est notamment le cas du Théâtre Saint-Gervais, comme l’a expliqué sa directrice, Sandrine Kuster, en inaugurant le tour de table. Cette année, l’équipe collaborera, en plus de sa riche programmation, avec les communes de Vernier, Onex, Lancy et du Grand-Saconnex, pour proposer le spectace Farwest d’Aurélien Patouillard. Le Festival Antigel explorera lui aussi les communes genevoises à travers sa programmation à contre-courant, puisque située au cœur de l’hiver. Les collaborations avec les autres théâtres seront ainsi nombreuses. Travaux obligent, le Théâtre de Carouge continuera, jusqu’à l’ouverture de saison prévue le 12 janvier, à sillonner la campagne avec son camion-théâtre. Sans se déplacer, la Comédie, de son côté, choisit d’ouvrir ses portes quasi en permanence, pour devenir un véritaqble lieu de vie, en plus du théâtre. Quant au Théâtre Forum Meyrin, sa saison hybride, entre reports et nouveauté, marquera une césure au printemps, le lieu étant lui aussi en travaux, et proposera de se rapprocher des habitants et de l’espace public. On devrait en savoir plus assez rapidement…

On le sait, les temps ont été durs et le retour à la scène encore plus bénéfique qu’on ne s’y attendait. Alors, pour cette nouvelle saison, on va rire ! Au Crève-cœur d’abord, Aline Gampert nous rappelle que « rire, c’est bon pour la santé ! », et ceci à tous les points de vue. Ce sera ainsi l’un des mots d’ordre cette année. Au Loup, qui ouvrira sa saison le 12 septembre, on nous annonce une saison « à mourir de rire », ponctuée juste avant Noël par une vente aux enchères d’objets du théâtre. Le nouvel opus s’annonce également très féminin, avec des textes en grande partie écrits, mis en scène, et joués par des femmes.

La transition est ainsi toute trouvée pour parler de l’intervention de Prisca Harsch, venue représenter Les Créatives, et qui nous a présenté le « carnet rose », édité comme un manuel d’explication pour l’égalité dans les milieux culturels. Engagées, vous avez dit ? Mais Les Créatives ne sont pas les seules à l’être, puisque le Théâtricul, pour lequel l’intervention haute en couleurs de David Valère a été ovationnée, s’engage pour faciliter l’accès au plateau aux comédien·ne·s qui auraient de la peine à y parvenir ailleurs. L’Orangerie, qui clôt sa saison en ce moment avec Et j’ai crié Aline, rappelle de son côté sa mission de donner une place à celles et ceux qui sont moins représenté·e·s.

Du théâtre local

L’engagement le plus grand mis en avant par cette conférence de presse commune demeure sans le côté local et la circulation entre les divers lieux. Les co-directrices du Grütli, se sont ainsi exclamées : « Circulez ! » au moment de mettre en avant la création locale et les actions communes entre les théâtres, invitant tout le monde à visiter différents endroits. Quant à leur saison, elle se veut désormais annuelle et marquée encore une fois par le festival GOGOGO, et des tarifs à choix allant de 0 à 100.- selon les moyens de chacun·e. De partage, il est aussi question à l’Abri, qui accompagne de jeunes artistes dans divers domaines depuis 4 ans, toujours en partenariat avec d’autres théâtres. On citera, entre autres, les projets Emergentia et C’est déjà demain, qu’ils organisent avec différents lieux dans l’idée de créer un écosystème créatif. On citera aussi les différents festivals présents, comme la Fête du Théâtre, qui proposera en octobre un marathon du théâtre, allant de une à cinq étapes dans la journée… ou encore à La Bâtie, qui doit jongler avec toutes les normes sanitaires selon les lieux, mais qui propose encore une fois une programmation riche et variée pour ouvrir cette nouvelle saison. La maison Rousseau, enfin, si elle n’est pas un théâtre à proprement parler, cherche, avec sa nouvelle direction, à être le relai des métiers du théâtres et à collaborer avec eux, en proposant notamment, dans le cadre de la biennale La Fureur de lire, des pièces radiophoniques sous forme de podcasts.

La culture à Genève, ce sont aussi des lieux autogérés, comme la Parfumerie, et son collectif de bénévoles qui œuvre depuis 25 ans et propose durant l’été des cartes blanches à des artistes, avant d’accueillir plusieurs compagnies genevoises, en plus des résidents. Citons encore le Théâtre de l’Usine mise sur le soutien aux artistes en début de carrière, à travers un parcours pluridisciplinaire.

Le pluridisciplinaire, c’est la spécialité de plusieurs institutions, comme par exemple le Galpon qui alterne entre danse et théâtre dans sa saison « Point d’interrogation », à laquelle il répond par l’injonction « Fonçons ! ». Quant aux Amis, qui prônent le texte avant tout, il sera question de musique et de théâtre, avec des concerts intimistes qui ponctueront certains spectacles. À l’Alchimic aussi, pensé comme une « fabrique d’opéra parlé », on aime mélanger les disciplines, où la scénographie et la lumière sont, elles aussi, actrices.

Enfin, il nous faut citer les interventions de l’ADC, qui a inauguré son nouveau pavillon de la danse en mars dernier et vernira son lustre le 23 septembre prochain. L’occasion de découvrir également les aménagements extérieurs de la place. Le Théâtre des Marionnettes vivra un petit retour dans le passé, avec son « Labo sur le fil », dans lequel il s’agira de redécouvrir l’art de la marionnette à fil, de moins en moins utilisé aujourd’hui. Le POCHE/GVE, qui dévoilera sa saison fin septembre seulement, rappelle qu’il a choisi une option différente, avec son ensemble, et des représentations pendant trois à six mois. On se réjouit de découvrir l’équipe le composera pour cette nouvelle saison. Enfin le Théâtre Am Stram Gram et son nouveau directeur Joan Mompart, a présenté son projet « régénérateur », qui s’inscrit dans la droite ligne de ce qui se fait dans la Cité de Calvin. Outre son envie de « fantaisie dissidente » et les dialogues intergénérationnels qui s’ensuivent, il a insisté, dans sa prise de parole collective, sur la complémentarité des lieux de culture, entre accueils, recherche, et création. L’ouverture vers la France voisine et l’Usine à gaz à Nyon y contribue également fortement. Quant aux relations avec l’Office cantonal de la culture et du sport, on résumera simplement en disant qu’après une période compliquée, elles sont aujourd’hui bonnes, et que le dialogue est plus ouvert que jamais, pour que la culture soit entendue !

Circulation, partage, local et rayonnement alentour pourraient donc être les maîtres-mots de cette conférence de presse commune historique, qui nous a rappelé que les lieux de culture, loin d’être concurrents, sont avant tout des lieux de transmission, qui ont tous quelque à chose à apporter et ont tous leur raison d’exister. Pour que la culture vive, CIRCULEZ !

Fabien Imhof

Photos : © Olivier Gurtner

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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