Et la Marmite se brisa : épisode 34

Vous aimez les enquêtes et les énigmes ?

Vous rêvez de courir après les meurtriers, d’élucider des crimes, d’être aussi habile que Sherlock Holmes, aussi perspicace qu’Hercule Poirot ? Les interrogatoires ne vous font pas peur et les indices, c’est votre rayon ? Bienvenue dans Et la Marmite se brisa, une fabuleuse enquête de Miss Apfel !

Et la Marmite se brisa est un nouveau récit participatif lancé par La Pépinière à l’automne 2020. Entre le feuilleton et le cadavre exquis littéraire, nous avons réuni des autrices et auteurs de tous bords : amateur.trice.s, confirmé.e.s, déjanté.e.s, sérieux.ses, jeunes ou plus âgé.e.s… Après le succès de nos récits participatifs précédents (Du jardin au balcon et La Geste d’Avant le Temps), les voilà prêt.e.s à s’embarquer pour une nouvelle aventure, sans savoir ce qui les attend. Cap sur le polar helvétique !

Pour cette première aventure de Miss Apfel (qui évoque bien sûr la Miss Marple d’Agatha Christie), plongez dans les secrets historiques de Genève…

Alors, ça vous tente ?

Retrouvez le début du feuilleton ICI !

* * *

Épisode 34 : Macabre découverte…

Galerie sous les Tranchées.

Le 12 décembre, 03h03

Joseph, sur ordre de Cathy, sort un à un des objets disparates de son sac :

      • Une pique rétractable, semblable à celles utilisées du temps de l’Escalade pour empaler les ennemis de la République, un style d’armes qui avait fleuri sur l’esplanade des bastions au lendemain de l’attaque savoyarde de sinistre mémoire (mais avec le bénéfice, pour celle emportée par Joseph, d’être plus facilement transportable) ;
      • Un allume-gaz ;
      • Une trousse à outil comprenant pêle-mêle : tenailles, vilebrequins, scies et autres varlopes…
      • Une fiole renfermant une masse visqueuse et noirâtre…

Face à cet inventaire digne d’un film d’épouvante, l’universitaire Grizouille (dont la vie tranquille n’a guère été habituée aux situations de crise – si l’on excepte celles pouvant arriver au cœur d’une bibliothèque ou d’une salle de cours…) ne peut s’empêcher de vider le contenu de son estomac sur ses pieds. Affolé, il glisse à nouveau d’une voix étranglée :

« Pourquoi moi ? Que me voulez-vous ? »

« Je ne sais pas si tu mérites de connaître la vérité, petit menteur », susurre l’archiviste avec un sourire machiavélique, tout en prenant en main l’allume-gaz et en s’amusant avec l’interrupteur. « Mais, dans ma bonté d’âme et au nom de la grandeur de l’Ordre, je vais te révéler quelques petits secrets… »

« Je vous en supplie, épargnez-moi !!! » geint le chercheur, prêt à rendre encore le contenu de son estomac pourtant déjà vide. Mais la pitié n’étreint pas le cœur de Cathy Piaget, qui s’approche, décidée, avec l’allume-gaz dont le feu crépite redoutablement.

« Je vais vous dire tout ce que je sais… ! » s’étrangle Michel Grizouille, alors qu’il voit avec horreur la flamme se rapprocher de sa tête.

*

Maison Rousseau.

Le 12 décembre, 02h50.

Tabazan reprend vite ses esprits, en voyant sa comparse poser la main sur la poignée du bureau, déjà prête à se lancer dans une folle poursuite.

« Okay », souffle-t-il, le cœur battant. « Allons-y, mais d’abord… j’appelle des renforts. »

« Mais… » souffle Heidi, visiblement contrariée. Miss Apfel fronce les sourcils, prête à répliquer elle aussi. Cet idiot ne se rend-il pas compte qu’ils vont perdre un temps précieux en palabres ? Burnier, lui, n’aurait jamais…

« Il n’y pas de mais qui tienne », leur assène Tabazan. « On a failli y passer la dernière fois, on va jouer selon mes règles, maintenant !  On est face à une folle furieuse, secondée par un truand, qui l’un comme l’autre ne reculent devant rien… Je refuse, vous entendez, R.E.F.U.S.E qu’on se jette comme ça dans la gueule du loup. Ouvrez les yeux, Madame-l’enquêtrice-en-carton, elle n’attend que ça, cette fichue archiviste : c’est un guet-apens, ni plus, ni moins ! » ajoute-t-il, en perdant néanmoins ses moyens face à l’air inquisiteur de la vieille et de sa nièce.

Pour se donner contenance et éviter de changer d’avis, l’inspecteur a déjà dégainé son téléphone et composé le numéro de la centrale. La tonalité résonne faiblement, dans la Maison complètement silencieuse.

« Oui, c’est Tabazan, de la crim’ … oui, j’ai besoin d’une brigade au plus vite … Je veux des hommes postés à ces différents endroits, c’est une question de vie ou de mort… alors… le Passage de Monetier… comment ça, vous ne connaissez-pas le Passage de Monetier–mais quelle bande d’incapables, on engage vraiment n’importe qui, ma parole ! » siffle-t-il, excédé, entre ses dents. « Je vous envoie les plans tout de suite … Oui … les suspects sont au nombre de deux, mais ils sont dangereux et armés. Ah, et pendant que vous y êtes, dépêchez aussi une ambulance, on a aura potentiellement un blessé… »

« Ou un mort, si on traîne encore avec vos histoires ! » crie l’amatrice de sensations fortes en sortant en trombe du bureau. Heidi se lance sur ses talons.

Tabazan, quant à lui, a tout juste le temps de raccrocher sans formule de politesse inutile, qu’elles ont déjà disparu dans le couloir. Il pousse un soupir profond et leur emboîte le pas, fébrile.

*

Dans les galeries souterraines.

Le 12 décembre, 03h13.

Un mélange d’effluves peu ragoûtantes les prend à la gorge, alors que les trois associés-malgré-eux débouchent dans ce qui devait servir de scène sacrificielle à cette folle d’archiviste, après une folle course…Une fois la cavalerie alertée, les fins limiers se sont lancés à la poursuite de la psychopathe et de son otage, à travers les souterrains, munis d’une lampe torche de compétition trouvée dans le bureau de la Maison Rousseau. Arme au poing, l’inspecteur a accéléré le pas, lorsqu’il a entendu un long hurlement et des sanglots. Presqu’à l’aveugle, il n’a pu tirer qu’à deux reprises. Aux bruits, l’une des balles a atteint sa cible… mais l’autre a malheureusement manqué son but, se fichant probablement dans une des parois de pierre. La lampe torche donne un éclairage vacillant à la scène qui s’ouvre à présent devant leur yeux… Apparemment, si Joseph, absorbé par son ouvrage, n’a pas entendu leur arrivée, ce n’est pas le cas de Cathy qui, l’oreille aux aguets malgré tout, a tenté de détourner leur attention par un lancer de scie fort peu adroit, après avoir été effleurée au flanc droit par la seconde balle. Blessée, l’archiviste a malgré tout réussi à prendre la fuite dans le dédale des boyaux…

« MON DIEU !!! Elle ne s’arrêtera jamais », peste Tabazan en la voyant filer dans le boyau obscur. « Elle a trop fumé ces carottes, ça lui a cramé ce qui lui sert de cerveau … »

Le souffle erratique de s’être précipité l’arme au poing, l’inspecteur ne la poursuit pas. Il s’approche, réprimant à grand peine un haut-le-cœur. Le corps d’un homme d’un certain âge gît, sans vie, semble-il.

« C’est probablement Michel Grizouille », lance Miss Apfel d’une voix faible, tout en réconfortant Heidi qui est blanche comme un linge.

Tabazan acquiesce, tenant en joug un autre corps – celui d’un homme massif portant un veston de cowboy. Le dénommé Joseph, apparemment. À ce que constate l’inspecteur, il a été arrêté en plein geste par le premier tir, qui l’a cueilli au milieu du dos. Il tient encore en mains une paire de tenailles. Un de moins, songe Isaac, sans aucune joie. Aux pieds de Grizouille, un vilebrequin ensanglanté et une fiole renversée. Miss Apfel ouvre tout grand ses narines et hume doucement :

« Hmm… ça me rappelle quelque chose… mais quoi ? »

Plongée dans ses pensées, l’enquêtrice en baskets ne réalise pas que Tabazan continue d’inspecter les lieux et se penche vers le corps affalé à la molasse, pour vérifier le pouls du malheureux Grizouille, par acquis de conscience…

« De peur, il a dû lâcher le contenu de ses intestins, le pauvre Michel… » soliloque Miss Apfel pour elle-même, sans cesser de bercer Heidi. « On dirait… ça sent… de l’humidité puante, de la poudre aussi… un relent de kératine brulée… mais autre chose encore… »

« Ça sent la même chose que ce truc noirâtre qui m’a fait tourner de l’œil », dit Heidi qui reprend peu à peu pieds.

« Mais oui, bien sûr ! » s’exclame Miss Apfel. Puis, se tournant vers l’inspecteur qui poursuit l’examen des lieux : « STOP Isaac !!!! Reculez !!! »

Interloqué, Tabazan se fige d’un seul bloc… avant de se tourner vers Miss Apfel et de lui éructer :

« Dites donc, je ne vous permets pas une telle familiarité ! De quel droit m’appelez-vous par mon prénom ? Est-ce que je vous en donne, moi, des Simone ?!? »

Soulagée de le voir en pleine possession de ses moyens, Miss Apfel cherche à continuer à le faire reculer Tabazan, tout en se bouchant le nez afin de ne pas inhaler les dangereuses vapeurs :

« Inspecteur… je ne suis pas sûre, mais… cette… substance – c’est celle qui crée des hallucinations. Bien sûr, il est possible que les effets s’en soient dissipé, dans un si grand volume d’air… néanmoins… »

Tabazan, prudent, rebrousse chemin et s’éloigne des deux corps. Il n’y a plus rien à tenter pour eux, de toute manière.

Tous les trois se regardent – Miss Apfel, Tabazan et Heidi… gardant en tête qu’il leur faut à tout prix se mettre en chasse de cette fameuse Cathy, pour ne pas perdre sa trace et mettre enfin un terme à ce macabre jeu.

« Mais qu’est-ce qu’ils fichent, les renforts ? » fulmine Tabazan avant de s’élancer dans l’obscurité.

Carmeline Fischer

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Photo : © soumen82hazra

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