S’en sortir sans sortir : À chacun son monde

Depuis plusieurs années, le Département de langue et littérature françaises modernes de l’Université de Genève propose à ses étudiantes et étudiants un Atelier d’écriture, à suivre dans le cadre du cursus d’études. Le but ? Explorer des facettes de l’écrit en dehors des sentiers battus du monde académique : entre exercices imposés et créations libres, il s’agit de fourbir sa plume et de trouver sa propre voie, son propre style !

La Pépinière vous propre un florilège de ces textes, qui témoignent d’une vitalité créatrice hors du commun. Qu’on se le dise : les autrices et auteurs ont des choses à raconter… souvent là où on ne les attend pas !

Le confinement a été une période particulièrement stressante – mais étonnamment riche en inspiration. Autour de la question « comment s’en sortir sans sortir ? », Morgane Sancosme vous propose sa vision personnelle de la situation… à la manière d l’OuLiPo (Ouvroir de littérature potentielle).

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À chacun son monde, luttant pour le bien commun

Comment s’en sortir sans sortir ? J’étais enfermé. Le gouvernement lui-même m’empêchait de sortir. J’avais contracté le virus. Petit à petit, il avait atteint tout le monde, s’insinuant dans toutes les maisons. Pour s’en protéger, mieux valait rester cloîtré.

Je n’avais plus qu’une chose à faire : attendre. Un livre en main, je m’ennuyais. Assis au fond de mon lit, je comptais les secondes, les minutes, attendant le jour où je pourrais sortir de ma cellule provisoire.

Le seul moyen de lutter contre l’ennui et de m’en sortir sans sortir, c’était de rêver au-dehors, aux feuilles tombant des arbres, bientôt remplacées par la neige…

Comment s’en sortir sans sortir ? J’étais enfermé. Le gouvernement elfique lui-même m’empêchait de sortir. J’avais lancé une rumeur. Elle s’était propagée comme une traînée de poudre. Petit à petit, elle avait atteint tout le monde, s’insinuant dans toutes les chaumières. Pauvres ou nobles, tous les elfes en avaient eu vent. Je n’avais plus longtemps à attendre avant que tous pensent que la reine avait trahi la confiance du roi. Un soulèvement allait voir le jour. Pour me protéger de l’ire de la reine, mieux valait rester cloîtré. J’avais fait exprès de me laisser prendre. Puisque j’étais enfermé, la reine ne pouvait pas tenter de m’évincer discrètement pour me faire taire. J’étais donc dans ce cachot pour « diffamation », d’où je pouvais mieux planifier ma vengeance.

Je n’avais plus qu’une chose à faire : attendre. Une dague en main, je m’ennuyais presque. Assis au fond du cachot, je comptais les secondes, les minutes, attendant le jour où je pourrais sortir de ma cellule provisoire, jour où le sang de mon ennemie coulerait sur les dalles du palais de Corona.

Le seul moyen de lutter contre l’irrépressible envie de m’échapper pour accomplir ma quête plus rapidement, c’était de rêver au-dehors, aux feuilles tombant des arbres, bientôt remplacées par la neige, dans les rues pavées de notre chère capitale elfique. J’imaginais le peuple en liesse, le jour de la fête du solstice d’hiver, enfin libéré de la reine maléfique. En fermant les yeux, je pouvais voir, dans mon esprit, les cristaux luminescents que les mages faisaient planer en l’air, illuminant la ville. Ces petites lumières flottantes éclairaient les sourires des elfes coroniens lors de cette nuit la plus longue de l’année. C’était pour retrouver cela que je m’étais rebellé.

Comment s’en sortir sans sortir ?

J’étais enfermé. Le gouvernement du vaisseau spatial lui-même m’empêchait de sortir. J’avais lancé une révolte. Le mécontentement s’était propagé comme une traînée de poudre. Petit à petit, il avait atteint tout le monde, s’insinuant dans tous les compartiments du vaisseau. Gradés ou non, tous les marins spatiaux avaient voulu se révolter. Je n’avais plus longtemps à attendre avant que tous nos ennemis ne tombent, défaits. Pour protéger les autres, mieux valait être cloîtré pour le moment. J’avais fait exprès de me laisser prendre. Sinon, un coupable aurait été désigné au hasard, pour l’exemple. Puisque j’étais enfermé, le capitaine contre qui nous nous rebellions ne pouvait pas non plus tenter de m’évincer par vengeance. J’étais donc dans cette cellule pour mutinerie, d’où je pouvais mieux planifier ma fuite vers la galaxie libre à bord de ce même vaisseau, qui serait alors le mien, parce que j’étais plus apte à tenir la barre que notre capitaine actuel.

Je n’avais plus qu’une chose à faire : attendre que des mutins me libèrent. Il ne fallait pas précipiter les choses. Un pistolet à plasma en main, je m’ennuyais presque. Assis au fond de la prison, je comptais les secondes, les minutes, attendant le jour où je pourrais sortir de ma cellule provisoire, jour où le sang de mon ennemi, coulerait sur le sol de la salle de commandement du COVID, croiseur du 19e bataillon de l’empire.

Le seul moyen de lutter contre l’irrépressible envie de sortir et de participer à la débâcle qui avait lieu en ce moment sur le vaisseau, c’était de rêver au-dehors, aux feuilles tombant des arbres, bientôt remplacées par la neige, dans les rues pavées d’une planète de la galaxie libre. J’imaginais l’équipage en liesse, le jour de la fête des éclipses, enfin libéré du capitaine sanguinaire, buvant des tonneaux de bière uranienne. En tournant les yeux, je pouvais voir, à travers le hublot, des cristaux luminescents que certaines guerres spatiales faisaient exploser en l’air, illuminant l’espace de débris stellaires. Ces petites lumières flottantes éclairaient mon visage de rebelle lors de cette mission la plus importante de ma vie. J’espérais m’en sortir en vie, et libre.

Morgane Sancosme

Photo : © Parker_West

Ce texte est tiré de la volée 2020-2021, animée par Éléonore Devevey.
Retrouvez tous les textes issus de cet atelier ICI.

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