La Geste d’Avant le Temps : épisode 66

Votre salon est trop petit pour vos ambitions ?

Vous rêvez de parcourir des étendues sauvages, des citadelles élancées, de terrasser des dragons, de rencontrer des elfes, de mettre la main sur un trésor… ou d’embarquer sur un bateau pirate ? La Geste d’Avant le Temps est un récit participatif qui veut remédier à l’exiguïté de nos domiciles et rêver d’un autre monde.

La Pépinière a réuni des rédacteurs très différents : amateurs, confirmés, jeunes ou plus âgés, sages, originaux, déjantés, bagarreurs… Ensemble, ils vont vous emmener dans une quête épique, entre fantastique et science-fiction – sur les ailes de leurs imaginations !

Entre le feuilleton et le cadavre exquis, La Geste d’Avant le Temps vous accompagnera chaque jour dans un texte évolutif et des aventures palpitantes. Nous espérons ainsi vous changer les idées, en cette période confinée… Que faire à l’issue du projet ? Lecture publique ? Publication ? Performance ? Nous cherchons encore des idées !

Alors, vous nous suivez ? C’est parti ! Retrouvez le début du feuilleton ICI !

* * *

Épisode 66 : Zirgouflex et téléportation

Balthazard se redressa, l’esprit soudain clair.

Le soleil du Désert des Larmes Sèches tapait toujours fort, et il était assis au milieu de ses plantations de melons. Cette voix qu’il avait entendue – c’était celle de Boru ! Mais… c’était impossible ! Boru était partie, il y avait des années… de quoi voulait-elle qu’il se souvi… comment l’avait-elle appelé, déjà ?… Voyageur Temporel

« Voyageur Temporel ? Moi ?! Je ne sais même pas ce que… »

À ce moment précis, des confins de la Galaxie du Fuseau, une onde d’ultra-sons le frappa de plein fouet. Comme la chauve-souris ou le cachalot écho-localisent leur environnement, la vague le balaya et renvoya en arrière sa signature sonore à une vitesse vertigineuse. Un mot résonnait dans son esprit, porté par l’onde – s’y imprimait, avec la force impérieuse d’un commandement auquel il ne pouvait pas déroger. Zirgouflex… Zirgouflex… Zirgou…

Ce mot, seul, remit en branle une partie de son être qui jusque-là dormait. En un éclair, il se souvint.

L’instant d’après, il avait disparu.

° ° °

Au même moment, dans un petit système solaire, à quelques encablures galactiques du bras spiral d’Orion et de la ceinture de Gould, dans un des bastions extérieurs de la Voie lactée, le radiotélescope de l’observatoire d’Arecibo, sur la côte nord de l’île de Porto Rico, s’affolait.  Guillaume Lacroix, jeune doctorant tout juste intégré au sein du programme SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence), mit fin à sa discussion téléphonique intercontinentale :

« Je te laisse, frangin, les voyants viennent de s’allumer… oui… oui… j’appelle bientôt, promis. À très vite ! »

Il raccrocha – la famille. Pas facile de laisser les siens dans le Jura. Il avait fait un choix difficile, en renonçant à l’entreprise horlogère familiale pour se consacrer à l’astrophysique. Enfin, pour tout dire, il commençait à se questionner sur ses choix professionnels : le programme SETI était passionnant… mais un peu monotone. Lui qui rêvait de découvrir des extra-terrestres, quand il était gosse ! La réalité était moins palpitante : il passait ses journées à scruter les confins de l’espace, dans l’espoir (de plus en plus vain) d’y déceler l’écho d’une récurrence sonore. Mais rien. Il jeta un coup d’œil aux instruments de mesures… et failli tomber de sa chaise. Il relut une fois, deux fois… la troisième fois, il appela son supérieur et pointa le problème :

« Juste là. Vous voyez ? Visiblement, ça provient de la Galaxie du Fuseau. Quelque chose… quelqu’un envoie un message. »

Horacio Beckett, son supérieur, un vieux briscard de la recherche qui ne se laissait pas impressionner par les bleus ou les erreurs de mesure, coinça son crayon entre ses dents d’un air sarcastique, pour compenser l’absence de cigarette dans l’espace devenu récemment non-fumeur – XXIe siècle oblige :

« Ah. Et que dit ce… message ? »

« Heu… ça dit Zirgouflex, Monsieur. »

° ° °

Hypérion, Elestra, Nanji et Euridy, guidés par l’épée Néantine, débouchèrent dans une salle immense, vide, aux parois lisses… l’endroit sentait le renfermé, comme si personne, depuis bien longtemps, n’y avait mis les pieds.

La seule chose qui détonnait dans le paysage était une très grande table ronde, recouverte de poussière.

En s’approchant, ils virent que ce n’était pas vraiment une table. Enfin si… sauf qu’elle ne comportait qu’un seul pied – un pied fin, terminé par une pointe, sur lequel reposait le plateau de la « table ». Les colibris, essoufflés, se posèrent sur un coin du plateau. Qui se mit à s’incliner dangereusement. Paniqués, ils s’envolèrent, tandis que le plateau revenait à l’horizontale.

Au-dessus du plateau se trouvait un jeu. On aurait dit une sorte de jeu d’échecs gigantesque, dont chaque case était marquée avec…

« Regardez ! » s’écria Elestra. « Ce sont des lettres ! »

Une partie de son esprit avait conscience de lire sans peine des symboles compliqués inscrits en rizatorien – comme lorsqu’elle avait déchiffré la prophétie et les étranges livres de l’escalier-bibliothèque. Comment était-ce possible ? Elle ne se l’expliquait pas. La petite troupe se posa au pied de la table. Nanji crépitait de minuscules éclairs de foudre, qui trahissaient son inquiétude :

« Et maintenant ? Quelqu’un a une idée ? »

Tous hochèrent la tête, impuissants. Hypérion tenait toujours la Néantine, qui tentait de lui échapper :

« Je… je ne sais pas ce qu’est ce truc, mais c’est là que nous devons aller ! L’épée est formelle : ce machin peut nous aider ! »

« C’est peut-être un genre de code ? » suggéra Elestra.

« Dans ce cas, nous n’en avons pas la clef. Si seulement nous avions un mode d’emploi… », objecta Euridy.

Aussitôt, une voix désincarnée résonna dans la salle, entrecoupée par des parasites et des interférences :

« cccrrrRRRIIiiiicc… Guide de l’utilisateur. Marche à suivre. Pour revenir au menu, dites 1. Pour consuuuulter les cré-é-dits, taapez 2. Tac tac. Cheeeeeer utilililisateur. Bienvenue. Nous sooooommes heureux de vous présensentez notre tout derniernier modèle de Taaaable de Téléléléportation. Tac. Grâce à elle, vous pourrez a-a-a-tteindre n’impopoporte quel lieu dans toutoutout le Multivers. Trouuuuuvez l’équiquilibre entre le Bi-en et le Maal, concentretrez-vous sur l’endroit ou la cho-ose que vous cherchez – et. Tac. Téléporportez-vous sans tatarder ! »

Sylvie & Magali Bossi

Photo : ©Free-Photos

La suite, c’est par ICI !

Et pour retrouver tous les épisodes, c’est par LÀ !

Magali Bossi

Magali Bossi est née à la fin du millénaire passé - ce qui fait déjà un bout de temps. Elle aime le thé aux épices et les orages, déteste les endives et a une passion pour les petits bols japonais. Elle partage son temps entre une thèse de doctorat, un accordéon, un livre et beaucoup, beaucoup d’écriture.

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