Le Galpon fête ses 30 ans
Né dans une friche industrielle, le Théâtre du Galpon, inauguré d’abord à Artamis, avant d’emménager dans ses locaux au bord de l’Arve, fête cette année un anniversaire marquant. Toujours co-dirigé par Gabriel Alvarez et Nathalie Tacchella, il propose une saison entre danse et théâtre, pour continuer à rechercher et agir pour faire vivre la culture à Genève.
Suivant une longue tradition genevoise, le Galpon s’est d’abord implanté dans le milieu associatif, en investissant des espaces vides pour proposer sa création artistique. Aujourd’hui, c’est sans aucun doute l’un des lieux avec le cadre le plus enchanteur qui soit : au bout de la route des Péniches, l’endroit dégage une impression de calme, loin du tumulte de la ville, tout en en étant tout proche. Un espace hors du temps, pour la création et la recherche, dont La Pépinière est devenue un partenaire privilégié depuis quelques saisons maintenant.
Un début de saison pour constater la dérive et la mort
À la veille du lancer de saison, et à l’avant-veille de la célébration des trente ans, au début du mois de septembre, tout a débuté avec l’accueil de 4200 km et cette question centrale, retenue par Stéphane Michaud dans sa critique : « qui sommes-nous devenu-es ? » Un spectacle en forme d’enquête poétique sur celles et ceux qui disparaissent en mer, pour tenter de penser – et panser – cette terrible interrogation.
Place ensuite à une réflexion non moins poétique sur la mort. Dans Dire Adieu, Valérie Poirier – à l’écriture – et Nathalie Cuenet – à la mise en scène, parlent davantage de retrouvailles que de deuil. Une manière d’aborder la fin de façon moins funèbre. C’est aussi et surtout un moyen d’interroger les rapports familiaux, en utilisant cet infini désormais à disposition, pour aborder tout ce qui n’a pas pu l’être du temps où l’on était vivant-es.
Hommage aux Scènes du Grütli
Pour fêter son trentenaire, plusieurs spectacles marquants seront rejoués, d’abord aux Scènes du Grütli puis, pour certains, au Galpon. Cela a déjà commencé avec la reprise de L’Agenda des tentacules, présenté l’an dernier et chorégraphié par Nathalie Tacchella. Un spectacle envoûtant qui met en avant la solidarité et la collaboration. Place ensuite aux mots de Valère Novarina, d’abord dans L’Origine rouge – qu’on retrouvera ensuite au Galpon entre le 30 octobre et le 1er novembre – puis avec Le Repas, du 8 au 10 octobre. Ces deux spectacles viennent marquer les 40 ans du Studio d’Action Théâtrale, le SAT, compagnie dirigée par Gabriel Alvarez, et commémorer le décès du grand auteur de théâtre et metteur en scène franco-suisse, qui nous a quitté-es cette année. Une langue difficile à décrire, pour deux créations emblématiques du SAT.
Le SAT poursuivra au mois de novembre, avec sa nouvelle création, La grande beuverie, d’après René Daumal. Tout est dans le titre : l’ivresse sera de mise, et les personnages ne seront pas seuls à tituber, puisque les mots, eux aussi, se livreront à d’étranges contorsions. Une fable mystique en forme de satire, qui parle de notre monde, entre ivresse technologique et frivolité ostentatoire.
Sensation vraie et corps raccords
L’année se terminera avec Le fonctionnement des choses, d’après des textes traduits du penseur Tchouang-Tseu. Véritable expérience sensorielle, ce spectacle interrogera notre rapport au monde, de façon poétique, sensible et délicate, pour creuser notre monde intérieur. La pensée de ce grand philosophe, longtemps indéchiffrable, sera enfin donnée à entendre.
2027 débutera avec la nouvelle création de Marion Baeryswil : dans Champ, elle nous invite à tenter une réconciliation avec notre environnement. Toujours accompagnée du musicien D.C.P., elle s’inspire des stromatolites, ces roches créées par des conglomérats de bactéries qui vivent en communauté et en complémentarité. L’idée est de (re)faire corps avec la nature, pour comprendre l’empreinte laissée mutuellement par l’être humain et son environnement.
Performances et corps à l’ouvrage
Les 18 et 19 mars, Mario Barzaghi nous invitera dans le style Kathakali, convoquant les héros de la mythologie hindoue, ainsi que ses démons, pour nous emmener dans une grande épopée. S’emparant de cette danse issue du sud de l’Inde, il combinera drames, danse, musique et rituels, pour un moment festif et une manière inédite – dans nos contrées – de raconter pas moins de 101 histoires. Une autre performance suivra, le 20 mars, avec Julyen Hamilton et Anonymous : Black or White. Ce génie de la performance improvisée tentera de lever les masques des démons anonymes, en s’interrogeant sur l’évolution des totems à notre époque. Il fusionnera textes et mouvements dans ce nouveau solo, pour une rencontre esthétique et spirituelle.
Du 8 au 11 avril, Caroline de Cornière présentera sa nouvelle version de Seule.s en scène. Riche d’un énorme bagage artistique et humain, elle fait évoluer l’un de ses spectacles marquants, pour illustrer comment l’expérience apporte à la danse. Une manière de mettre en avant le mouvement singulier de chacun-e, qui s’inspire de ce qui a été vu, dansé, ressenti, observé, pour mieux se l’approprier.
Soumission impassible et pantin en forme d’anti-héros
On continue dans la danse à la fin du mois d’avril, avec POL et sa création Brouhaha. On y interrogera la notion de soumission, avec toutes les étapes qui y conduisent, à travers une forme d’aliénation consentie. Procédant par boucles, le spectacle réfléchira à ce phénomène, pour montrer comment le pouvoir s’empare des corps et des esprits, et comment il monte à la tête de ces derniers.
La saison se terminera avec ce qui s’apparente à un classique. Laure Hirsig mettra en scène Pinocchio, une création de Joël Pommerat, d’après Carlo Collodi. La marionnette en bois y redescendra (enfin) parmi les hommes, pour suivre de nombreuses aventures et des enjeux bien éloignés de ceux de Disney.
Alors, prêt-es à embarquer sur le navire du Galpon et à développer les rêves et créations du lieu ?
Fabien Imhof
La programmation complète et les détails de chaque spectacle sont à retrouver sur le site du Galpon.
Photo : ©Erika Irmler
